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90 - James Lester - TOO MARVELOUS FOR WORDS

The Life and Genius of ART TATUM -
 en anglais - Oxford Univesity Press 1994 - 240 pages 17 photos n&b hors texte -
ISBN 0-19-508365-2 ou 0-19-509640-1


 

 

Avant ce livre, on ne connaissait que peu de choses sur Tatum. Ce livre est le fruit d’une centaine d’interviews faites avec les
membres survivants de la famille, des amis d’enfance, des maîtres d’école, et des musiciens fameux qui ont joué avec Tatum.
On ne savait pas grand chose de la vie intime d’Art Tatum et particulièrement de son enfance. Ainsi, aucune trace n’a été
retrouvée pour définir avec exactitude quand et comment il a commencé à apprendre le piano. Maintenant, nous avons un
vivant portrait de cet unique et presque aveugle musicien ainsi que de ce monde jazzistique des années 1930-1940.

On y parle de sa musique, de ses premières influences telles que celle de Fats Waller, jusqu’à son style mûri dans lequel Lizst,
Rachmaninoff, Debussy, Fats Waller et Earl Hines avaient pris part à la mouture finale.

Issu d’origine modeste de Toledo, Ohio, en 1909, Art Tatum a évolué dans un monde de musiciens dont l’importance en jazz
est comparable à celles de Louis Armstrong et Charlie Parker, et dont la maîtrise du piano faisait l’admiration d’Horowitz et Paderewski.

Ce qui est certain, c’est qu’ayant une malformation de la vue à la naissance et ayant très jeune subi jusqu’à neuf interventions
chirurgicales, ceci l’a conduit à un renfermement intérieur qui a développé son oreille et sons sens de la musique, deux dons qui
ont fait de lui un pianiste de génie comme nul autre auparavant,. Noir et aveugle pratiquement, il a eu au moins deux professeurs :
Overton G. Rainey et Mrs. Morrison. Dès l’âge de 15 ans, il se produit dans les clubs de sa ville natale Toledo, Ohio. Son talent
exceptionnel le conduit rapidement à New York où il est reconnu par ses pairs comme « the best piano player of all times».
Le piano était toute sa vie. Il était capable de jouer des heures entières sans discontinuer, pourvu qu’on lui fournisse des caisses
de bière Pabst Blue Ribbon qu’il buvait entrecoupé de whisky, sans pourtant être jamais vraiment ivre. Après avoir joué dans les
clubs jusqu’à minuit, il faisait ensuite la tournée des autres clubs restés ouverts où il jouait infatigablement encore ‘after hours’ jusqu’à
8h – 10h du matin, et cela quotidiennement ! Il a été marié deux fois : avec Ruby Arnold en 1935 dont il divorce en 1951 et  avec
Geraldine Williamson en 1955, juste dix mois avant son décès. En 1933 il a eu un fils avec Marnette Jackson, Orlando, dont il s’est
peu occupé. Ce fils fera une carrière militaire comme radio dans l’Armée de l’Air et décèdera en 1988 à Madrid où il s’était retiré.
Sa vie de noctambule était incompatible avec sa vie maritale. Il est mort à Los Angeles en 1956 à 47 ans de diabète aigu. A son enterrement,
il y avait 300 personnes, alors que celui de Fats Waller avait réuni plus de 4.200 personnes.  Il ne parlait jamais de lui-même ou de sa
famille à ses amis musiciens. Il ne reste malheureusement peu de ses contemporains pour apporter leur témoignage sur ce génie.
Heureusement, il a beaucoup enregistré et nous laisse un œuvre pléthorique et l’auteur a tenu à reproduire intégralement ses nombreuses
interviews et citations de musiciens et aussi la première biographie complète du plus grand virtuose de l’histoire du jazz.

Art Tatum est décédé à 47 ans en 1956 à Los Angeles. Ses obsèques eurent lieu dans l’église North Neighborhood Community Church.
Il y avait 300 personnes, alors que celles de Fats Waller avaient réuni 4.200 personnes. Ella Fitzgerald a chanté « God will take care of you »
et Sarah Vaughan “The Lord’s prayer”.
Stuff Smith au violon et Jimmy Lyons au piano ont joué « Sweet Lorraine ». A la fin de la cérémonie,
Ben Webster et quelques autres sont restés dans l’église et ont joué « quelque chose pour Tatum ». Parmi ses compagnons de ce dernier voyage, Eddie Beal, Benny Carter, Bill Douglass, Ed Brown, Ralph Roberts, Edgar Hayes, Oscar Peterson, Erroll Garner, Billy Taylor, Dizzy Gillespie, Cozy Cole. Sur sa tombe du cimetière Rosedale de Los Angeles, cette simple épitaphe : « Someone to watch over me ».
Alain Hautrive