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CD du Mois - Catégorie : Réédition

Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 537 (novembre 2004)  Page 22.

 

HARRY EDISON & CHARLIE SHAVERS - "COMPLETE AT MIDNIGHT & AT RIVERSIDE SESSIONS"

 (Lonehill Jazz LHJ 10114):

 Moten's swing, Making the scene,  Sweet Georgia Brown, Blue Lou, Stompin' at the Savoy, Session at midnight,  Out of nowhere, I want to be happy, Broadway, Session at riverside, Undecided, Escape hatch.

 

Voilà un disque fort intéressant, très vivant et bien enregistré! Trois formations se succèdent dans ces enregistrements Capitol de 1955 et 1956, formations de circonstance, assez mélangées, avec de belles pointures qui font honneur à leur réputation: Edison, Carter, Hawkins, Shavers, Hinton…

Le premier orchestre, qui joue dans les six premiers morceaux, rassemble H. Edison et S. Sherock (tp), M. McEachem (tb,as), G. Bivona(cl), B. Carter (as, tp) W. Smith(as)  P. Johnson et B. Russin(ts), J. Rowles(p),  A. Hendickson (gu), M. Rubin(b) ,J. Cottler(dr) . Dans Moten's swing, Rowles qui commence joue dans le style que vous pouvez imaginer pour un tel morceau, mais Edison et Benny Carter n'ont pas de mal à être les meilleurs. Making the scene offre un début prenant avec la sourdine d'Edison sur des tenues d'accords. Carter, à la trompette, a cette nonchalance et cette intensité à la fois qui le font surclasser sans peine les autres solistes, y compris Willy Smith dont le solo semble tourner en rond (le Willy Smith de Lunceford est loin !). L'interprétation suivante présente des arrangements simples, riffés, mais se termine sur des breaks du batteur assez poussif, hélas. Bon tempo pour Stompin' at the Savoy  où la comparaison Edison - Sherock est à l'avantage du premier.

Et c'est pour Benny l'occasion, s'il est nécessaire, de montrer que sens mélodique et swing vont de pair (le pont !) ; Willy Smith ne joue pas mal, ni d'ailleurs Plas Johnson mais nous ne sommes plus au même niveau... Dans cette séance, J. Rowles est curieux : on a l'impression qu'il cherche son style et même parfois sa note. (Session at midnight) ; en tout cas, son jeu n'est pas homogène, c'est le moins qu'on puisse en dire. Les autres musiciens sont assez banals.

 

À partir Out of nowhere les choses changent côté rythmique : A. Shaw (b) et O. Johnson (dr) poussent  B. Butterfield (tp), L. McGarity (tb), C. Hawkins (ts), L. Stein (p). Butterfield, musicien sensible ne joue pas mal, mais Hawkins et la rythmique emportent l'adhésion.

À ces musiciens la troisième séance ajoute : C. Shavers (tp), V. Green (tb) P. Hucko (cl), E. Warren (as), J. Jerome (ts), A. Ryerson (gu), M. Hinton (b).

J'aurais eu plaisir de le dire à Panassié, qui regrettait "le peu de présence" de l'enregistrement Capitol (T. 761, chroniqué dans le bulletin 138 page 22), que la force percussive d'Osie Johnson ressort très bien dans cette édition en CD.

Dans la plupart des morceaux qui suivent Out of nowhere, Hawkins a d'ailleurs le don de "fouetter" cette rythmique purement jazz (laissons L. Stein de côté). Même chose avec Shavers qui donne toujours l'impression que la trompette est facile (aurait-il juré de faire mentir Papa Joe ? *). Les arrangements sont de bonne facture, bien exécutés (Warren, Shavers ?). Les solos ? À part Shavers et Hawkins qui dominent, Warren est bon dans Session at riverside, J. Jerome (ex Hampton) est à son affaire dans Undecided, Butterfield, qui n'est pas confronté à Shavers comme dans I want to be happy, ne manque pas d'idées dans Escape hatch. Ne disons rien de Green, mollasson, Stein apathique... Mais vive Shavers! (Broadway).

Un disque inégal, me direz-vous. Certes, avec les défauts "jam-session": hétérogénéité, trop de solos. Mais, de bons arrangements et beaucoup de superbes moments. Et la musique ressort très bien. Donc, allez-y.

 

*King Oliver : " Ce n'est pas vous qui aurez la trompette, c'est la trompette qui vous aura ".

 

                                                                                                                                                Daniel Janissier.