CD du Mois - Catégorie Nouveauté -
Chronique parue dans le Bulletin du HCF N° 544 – Juillet-Août 2005 - Pages 5,6,7
PAUL CHERON SEXTET, « BLACKSTICK » TBB Records 120,
distribution Jazzophile-Jazztrade Blackstick, Le Marchand de poissons, I had it
but it’s all gone now, Polka dot stomp, I keep calling your name, What a dream, Egyptian fantasy, Georgia cabin, Quincy
Street stomp, Little creole lullaby, Swing parade, Promenade aux Champs-Elysées, Old Stack O’ Lee blues, Spreading joy.
Le cher Paul Chéron, qui nous a
gratifiés ces dernières années d’une belle série d’albums de son fameux Tuxedo
Big Band, nous propose de l’écouter swinguer en petite formation comme du
temps de son Banana Jazz, voilà plus de dix ans. Ces enregistrements
récents (20 et 21 décembre 2004), sur des thèmes signés Sidney Bechet, ne
pâlissent aucunement de la comparaison avec Soprano Summit de Bob Wilber
et Kenny Davern. Paul Chéron et Jean-François Bonnel jouent de la clarinette et
du soprano appuyés sur une rythmique attentive : Thierry Ohé au piano, Henri
Chéron à la guitare, Pierre-Luc Puig à la contrebasse et Guillaume Nouaux à la
batterie, tout ce joli monde appartient aussi au grand orchestre. La musique
sonne fort agréablement, mais les parties des deux souffleurs ne sont guère
séparées. Leur parenté de style et d’esprit et leur excellence rendent l’identification
délicate car les informations du boîtier restent muettes à ce sujet.
Heureusement Henri Chéron était là pour confirmation.
Le disque s’ouvre avec Blackstick, après la traditionnelle
introduction opéra bouffe, Paul Chéron et Jean-François Bonnel, tous deux à la
clarinette, exposent le thème comme un seul homme. La communion de langage
apparaît pleinement lors du dialogue en 8/8 qui débute avec Jean-François. On
apprécie le robuste drumming de Guillaume Nouaux, très Zutty, qui apporte une
coloration aussi rare que bienvenue à cette superbe interprétation.
On retrouve les deux clarinettes
dans quatre autres p1ages, dont deux sur d’alertes tempos moyens : le superbe Polka
dot stomp le thème à deux voix, les solos reviennent à Paul, puis à Jean-François
et Thierry Ollé) et Spreading joy (thème, dont un passage renvoie aux Oignons) Paul prend deux chorus, Thierry
un, Jean-François deux, échange entre la batterie et les deux clarinettes Paul commençant,
chorus final des deux souffleurs, côte à côte, anche contre anche. Les deux
complices s’expriment dans un style très voisin, peut-être Paul paraît-il plus
chaleureux et Jean-François plus audacieux. En tempo lent, dans Egyptian
fantasy, après les deux thèmes en duo, Bonnel intervient en stop chorus sur
le premier et Chéron de même sur le second. Le fort prenant Old Stack O’Lee blues
fait survenir en solo successivement Paul Chéron, Thierry Ollé, Jean-François
Bonnel, accompagné d’abord par la seule contrebasse, et Pierre-Luc Puig sur une pulsation de guitare.
Pour varier les plaisirs, Paul
Chéron adopte le soprano dans la plupart des plages restantes. Ainsi, on le
trouve, flamboyant, dans Quincy Street stomp brillamment secondé par la
clarinette de Jean-François Bonnel ; piano, clarinette, soprano et batterie prennent ensuite un chorus en solo.
La même organisation se retrouve berceuse Little
creole lullaby qui se déroule dans un climat plein de tendresse. Dans Le Marchand de poissons, Chéron
joue les deux thèmes au soprano, Bonnel le secondant à la clarinette, puis ii poursuit avec deux chorus, le premier
avec contre-chant de clarinette, ensuite Bonnel surgit au soprano lui aussi
pour un chorus, après le piano les deux sopranos dialoguent Paul commençant
puis jouent ensemble, après le chorus de batterie ils reviennent conclure.
Se trouvent aussi deux plages en
duo de soprano: I had it’s all gone now, dans lequel Paul mène et laisse
ensuite le lead à Jean-François après le passage de contrebasse et Swing parade, à l’accent triomphant et au stimulant zutting de
batterie, après le chorus de piano avec pont à la guitare, Paul conduit le
chorus suivant et Jean-François le dernier.
Comme Jean-François Bonnel a plus
d’un instrument dans son étui, il va également en extraire une trompette pour trois
interprétations. Dans I keep calling
your name, à l’accent nostalgique,
Paul utilise la clarinette, il termine sur un chorus délicat, plein de feeling,
précédé d’un excellent chorus de piano. Paul revient au soprano dans What a dream, il joue d’abord le thème avec pont par la trompette,
puis les rôles s’inversent, ensuite
chorus de soprano, de trompette et de
piano, puis les deux souffleurs terminent en force après un bref dialogue et
bien stimulés par la rythmique. Dans Promenade
aux Champs-Elysées, comme précédemment le thème est joué avec Paul en leader
au soprano puis une seconde fois avec Bonnel en leader, ensuite soprano, piano
et trompette prennent chacun un chorus.
Les deux souffleurs sont absents
de Georgia cabin consacré à Thierry Ollé qui montre une fois encore qu’il a
atteint un niveau vraiment respectable. Voilà donc un superbe disque!
André Vasset
CD du Mois - Catégorie Réédition-
Chronique parue dans le Bulletin du HCF N° 544 – Juillet-Août 2005 - Pages 7/8
TINY GRIMES, « 1951-1954 » (Classics 5146):
Blues round up, Solitude, Tiny’s boogie woogie, Rockin’ the blues away, Why did you waste
my time, No hug no kiss, Begin the beguine, The man I love, Frankie and Johnny, Call of the wild, Ho
ho ho, Pert skirt, Juicy fruit, Second floor rear, Rock the house, 125th Street sunrise, Frivolous gal, Showboat
mambo.
Classics prévient que ce volume 3
est le dernier des années « rhythm & blues » de Tiny Grimes, certes, il restera cinq ans sans
enregistrer mais son jeu n’en sera pas modifié pour autant. Sa discographie
manque souvent de précision, ainsi il est vraisemblable que les plages 5, 6, 9 à 12, issues du catalogue Gotham,
datent plutôt de 1950 et devraient se trouver en début d’album. Why did you waste my time et No hug no kiss sont chantés entièrement
par Screamin’ Jay Hawkins, une découverte de Tiny Grimes. Le vocal du genre
cabotin furieux n’offre l’intérêt que du contre-chant, hélas parcimonieux, de
guitare.
En peu de temps Tiny Grimes
enregistra cinq versions de Frankie and
Johnny. Celle-ci (identifiée comme n°2 sur le LP Riverboat), plus alerte
que celle du volume précédent, met largement le guitariste en vedette. Il
alterne phrases brèves et volubiles, breaks et riffs insistants, avec une attaque percutante et un swing continu et impérieux.
Le ténor riffe d’abord discrètement avant d’intervenir en questions-réponses
dans les deux derniers chorus (il ne semble pas que l’on ait affaire au ténor
de l’autre version). Call of the wild, avec claquements de mains et
exhortations débute avec ténor et piano puis Tiny Grimes vient au premier plan
pour swinguer de façon époustouflante jusqu’à la fin. De même, moins
impressionnante toutefois, la guitare intervient avec bonheur dans Ho ho ho,
avec vocal par l’ensemble, et Pert skirt. Le ténor pourrait être Joe Sewell ou Benny Golson.
Les quatre enregistrements, de
qualité sonore modeste, qui ouvrent l’album proviennent d’une séance United
(27/11/1951). Dans Blues round up
la guitare reste constamment en vedette dans un foisonnement de swing
approuvée par quelques riffs du ténor et de brèves
interventions chantées par le chœur des musiciens. Notez comment Tiny Grimes
place, à plusieurs reprises, un de ses procédés familiers consistant à faire
onduler le son de sa guitare en actionnant le potentiomètre. Tiny’s boogie woogie et Rockin’ the blues away sont également
de fantastiques solos de guitare qui déploient tous ses arguments d’une
efficacité totale et d’où le ténor émerge prudemment de temps à autre.
L’inattendu Solitude permet
d’entendre un vocal par l’ensemble, un impétueux ténor (sans doute Red Prysock)
et quelques apparitions tranchantes de guitare.
Les six dernières plages sont d’origines diverses. Juicy fruit et Second floor rear font une place importante au ténor à la sonorité
enrhumée, la guitare lui fournit une réplique fort stimulante mais ne survient que
brièvement en solo. Dans Rock the house
et 125th Street sunrise la guitare occupe
une bonne place en solo (dans le premier titre, après le vocal, elle swingue de
manière vraiment affolante) et à l’accompagnement
du ténor nasillard. Le climat diffère nettement dans Frivolous gal, où le ténor reste quasi imperceptible, et Showboat mambo. Il se pourrait que la
séance Atlantic du 12/1/1953 soit chronologiquement la dernière de cette série.
La formation réunirait Benny Golson (ts), Sir Charles Thompson (p), Ike Isaacs
(b) et Sonny Payne (d). Begin the
beguine et The man I love
montrent que Tiny reste aussi impressionnant dans le jeu subtil que dans le
style direct.
André Vasset