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CD du Mois – Catégorie: Nouveauté.
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 553 (Mai 2006) p.8/9
RANDY REINHART-JESPER THILO, « FOR BASIE» (Nagel Heyer CD 098)
Undecided, When I grow too old to dream, Blue and sentimental, I’ll see you in my dreams, Moten swing, Lady be good, Echoes of Spring/Al1 God’s chillum got rhythm, One o’clock jump, If I had you, I would do most anything for you, Lester leaps in.
Ce sextette, enregistré en direct, le 10 octobre 2004, entame sa prestation avec Undecided, pris sur un tempo vif qui provoque une certaine raideur dans l’exécution. Randy Reinhart prend trois chorus de trompette, Jester Thilo quatre de ténor, Rossano Sportiello trois de piano, le contrebassiste deux et l’interprétation se conclut sur deux chorus d’ensemble. Randy Reinhart s’exprime dans un style académique, propre, sans relief ni beaucoup de flamme. Dans le jeu de Jesper Thilo apparaissent diverses influences mais, plutôt que d’avoir été assimilées, elles surviennent au hasard des circonstances. Ce fâcheux manque de personnalité conduit à des prestations peu homogènes. Dans une moindre mesure, cette observation s’applique également à Rossano Sportiello qui possède une brillante technique mais ne swingue que par intermittence, selon la manière dont il choisit de s’exprimer.
L’orchestre ne reste pas au complet au fil des plages, ainsi le medley est réservé au pianiste, Echoes of Spring réclame un jeu détendu or, ici, l’exécution devient fébrile et enlève au morceau son côté limpide et aérien. Le déficit de sérénité nuit moins à All God’s chillum got rhythm, joué en morceau de bravoure à la Tatum. Par ailleurs Randy Reinhart s’absente de deux plages : Blue and sentimental, attribué au ténor à la sonorité dure et rêche, il s’interrompt pour laisser un chorus au piano ; If I had you, où Jesper Thilo délaisse fâcheusement son ténor pour une clarinette devenant vite pénible par sa sonorité aigre et ses phrases coquines. Le tempo lent n’oriente guère, là encore, Sportiello vers le swing. En revanche, Jesper Thilo ne participe pas à I’ll see you in my dreams, duo trompette piano, la sonorité dure et acide et le jeu morne et plat de Reinhart manque d’attrait mais Sportiello se tire plaisamment de l’épreuve.
One o’clock jump justifie le titre de l’album et Rossano Sportiello adopte la sobriété du piano de Basie. Il faut noter la réjouissante pulsation de la guitare de Rudolf Pluto Kemper. Ces mêmes remarques concernent également Moten swing dans lequel Randy Reinhart échange sa trompette pour un trombone, sans soulever le moindre enthousiasme.
Lady be good permet à Randy Reinhart d’intervenir très agréablement pour son meilleur solo de l’album, peu après, Jesper Thilo se livre à un scat façon gargarisme. A noter, ici encore, la bonne pulsation de la rythmique, notamment de la guitare. Après une interminable ouverture du piano hors tempo, les solistes se tirent convenablement de When I grow too old to dream. Les deux dernières plages, I would do most anything for you et Lester leaps in se déroulent assez agréablement avec mention à la partie de piano. (A.V.)
CD du Mois – Catégorie: Réédition
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 553 (Mai 2006) p.23/24
McHOUSTON ‘MICKEY’ BAKER, « THE REAL FOLK BLUES»
(Maison de Blues 983 154-0, distribution Universal):
Diggin’ my potatoes, Make your bed up mama, My black woman, Sweet home Chicago, Blues before sunrise, Whoa back Buck, Everyday I have the blues, Trouble is a woman, Can’t find my woman, Blues fell this morning.
Après une carrière de jazzman importante, et qui aurait pu l’être plus encore, Mickey Baker décida de s’orienter vers le blues chanté traditionnel après avoir fréquenté et accompagné Memphis Slim et Champion Jack Dupree. Son travail tous azimuts comme guitariste de studio à New York l’avait conduit à assister nombre de chanteurs, de blues, de jazz ou de charme et, par la suite, il s’illustra comme guitariste et chanteur avec son populaire duo Mickey & Sylvia. Ainsi, sa voix plaisante et sa facilité d’adaptation, jointes à son extrême aisance technique, permirent une métamorphose spontanée.
Mickey Baker chante de façon souple, agréable, confidentielle, quelques coups de gosier compensent çà et là un certain manque d’ampleur. Il évolue dans une atmosphère intimiste, accentuée par le choix d’une majorité de tempos lents (mais jamais low down) et surtout par le jeu de la seule guitare abondant et élégant, d’une richesse exceptionnelle. Dans un style différent disons qu’il s’apparente davantage à Lonnie Johnson qu’à Big Bill.
Les interprétations réunies sur cet album ont été enregistrées en direct lors du festival de Montreux, le 29 juin 1973. Beaucoup de titres utilisés ici furent illustrés par des bluesmen connus, mais Mickey les transforme de manière très personnelle, ainsi, pour donner deux exemples, Sweet home Chicago n’évoque guère la version de Robert Johnson, pas plus que Everyday I have the blues celle de Memphis Slim. On appréciera l’accompagnement dense de la guitare dans Diggin’ my potatoes et la finesse du jeu solide de Make your bed up mama, le côté insinuant et prenant de My black woman, le ton confidentiel de Blues before sunrise, Everyday I have the blues ou Blues fell this morning, l’accompagnement obsédant de Trouble is a woman ou encore le swing de Can’t find my woman. Quant à l’exubérant Whoa back Buck, il s’agit d’un morceau folklorique appartenant au répertoire de Leadbelly. (A.V.)