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CD du Mois - Catégorie: Réédition

Chronique publiée dans le Bulletin du HCF  N° 569 (Avril 2008) p.14/16


 


MILTON BUCKNER - JO JONES

“BUCK AND JO” (Volume 1)

(Jazz Odyssey Records JOCD 05 - Chez Laurent Verdeaux)

 

CD1 - ALMOST LIKE BEING IN LOVE, I WANT A LITTLE GIRL (TAKE 2), SHINY STOCKINGS, MADELEINE’S GARDEN, I FOUND A NEW CHAPEAU, BLUES FOR CHANTAL, LITTLE GIRL, THERE’S NO GREATER LOVE,JO’S BRUSHES, HONEYSUCKLE ROSE, SMOKE RINGS, I CAN’T BELIEVE THAT YOU’RE IN LOVE WITH ME,YOU’RE DRIVING ME CRAZY.

CD2 - PICK YOURSELF UP, THREE O’CLOCK IN THE MORNING, LA BELLE CLAUDINE, I’M GONNA SIT RIGHT DOWN AND WRITE MYSELF A LETTER, HAMP’S BOOGIE-WOOGIE, FLYING HOME, JITTERBUG WALTZ, SOMETIMES L’M HAPPY, COUNT’S BASEMENT, CUTE, ANNA RYAN, KEEPIN’ OUT OF MISCHIEF NOW, OUR ENGAGEMENT DAY.

 

 


 


Voilà qui va réveiller bien des souvenirs aux heureux qui ont vu un ou plusieurs concerts du prodigieux tandem Milt Buckner (orgue Hammond) - Jo Jones (batterie), swingmen accomplis qui n’oubliaient jamais que la technique n’est pas là pour faire briller le musicien mais doit être, avant toute chose, au service de la musique.

Il y a eu cette soirée privée organisée par le H.C.F. le 19 juin 1969, dans une salle de la rue du Rocher à Paris, juste avant qu’ils entreprennent leur première tournée en France. Les musiciens étaient présents, la salle était bondée, il ne manquait que le transformateur pour brancher l’orgue... En bons ‘entertainers’, les musiciens nous firent patienter à force de blagues et grâce à un piano que Milt trouva en coulisse et que l’on poussa sur la scène ; mais ce n’était pas de ce spectacle improvisé qu’ils voulaient nous donner la primeur... Le transformateur arrive enfin (vous imaginez les mimiques et les jeux de scène de nos deux compères), on branche l’orgue, et alors, oh! là ! là!

Il y a eu aussi ce concert du 20 mars 1972, au Centre Culturel de Mantes-la-Jolie. En première partie, je ne sais pour quelle raison, les deux musiciens n’avaient pas leur tonus habituel. C’était bien sûr du grand travail de pros, pour le plus grand plaisir du public ; seulement, les vrais amateurs, tout comme le saxo ténor Buddy Tate qui devait jouer avec eux en seconde partie, sentaient bien qu’il manquait quelque chose : c’était plus « jazzé » que swingué. Mais après l’entracte, quand Buddy Tate fit jouer d’entrée le bon vieux blues en si bémol, tout se mit à bouger. Moments uniques qui marquent la différence entre le bon et le grand jazz. Que s’était-il passé durant la pause ? Y avait-t-il eu usage d’un remède miracle du genre « Liqueur de Pocahontas » ? Toujours est-il que nous avons vécu un grand moment de jazz.

C’est un peu ce qui se produit avec le CD1 enregistré le 18 mai 1971 au retour d’une tournée qui s’était révélée fatigante et non exempte de contrariétés, d’où une certaine raideur, des ralentissements de tempo qui alourdissent plusieurs interprétations, un manque d’entrain perceptible par ceux qui ont beaucoup écouté ces musiciens. Comme le poids de l’entreprise repose principalement sur Milt, peut-être ne donne-t-il pas à sa musique toute la puissance voulue, ce qui oblige J0 à forcer son jeu. Par contre le CD2 (enregistré le 22 mars 1972) est un vrai régal : l’aisance absolue pour deux artistes saisis par la grâce. Tout est tenté, tout est réussi ; les musiciens sur leur nuage swinguent leurs thèmes de la plus excitante façon avec la hauteur d’inspiration qu’on retrouve dans L’Aventure du Jazz. Il n’est que de comparer Shiny stockings (CD1) avec Cute (CD2), Honeysuckle rose (CD1) avec Keepin’

out of mischief now (CD2), ou Blues for Chantal (CD1) avec La belle Claudine (CD2) pour comprendre jusqu’où le jazz peut nous amener. Et ce Jitterbug waltz dans le CD2

Aurait-il mieux valu ne pas publier le CD1 ? Certainement pas! D’abord parce qu’il y a de grands moments (Jo’s brushes, I can’t believe..., Little girl et d’autres), parce que, s’il est un peu inférieur au CD2, des dizaines et des dizaines de musiciens seraient heureux d’avoir un enregistrement de cette qualité à leur palmarès, et parce que cela permet, par cette comparaison, de comprendre par l’oreille combien le jazz est d’abord ce que l’on joue, et combien la différence entre le bon et le remarquable se ressent plus qu’elle ne s’explique.

Reste encore, avec d’autres inédits, de quoi publier deux autres CD : Laurent Verdeaux s’y emploie déjà. Le travail de reproduction est à mettre au superlatif comme tout ce qu’il entreprend. Les prises de son, bonnes pour le CD1, très bonnes pour le CD2, nous sont merveilleusement restituées avec une stéréo parfaite (important pour la batterie de Jo Jones).

Le Bulletin a longuement parlé de ces sessions.


 

Les chroniques d’Hugues Panassié sur ces deux enregistrements sont parues respectivement dans le n° 210 (septembre 1971) et le n° 219 (juillet - août 1972). lI y explique, avec sa pertinence coutumière, les différences entre les deux séances.

«  Le Lion et le Tigre » est maintenant épuisé, les autres CD publiés par Jazz Odyssey sont en voie de l’être. Alors, n’attendez pas trop. (Henri Sofroniades)


Jazz Odyssey Records. Vente par correspondance, 1, rue des Planchettes - 15100- SAINT-FLOUR - FRANCE, e-mail : VERDEXP@wanadoo.fr



CD du Mois - Catégorie: Nouveauté

Chronique publiée dans le Bulletin du HCF  N° 569 (Avril 2008) p.26/27

 

 

LOUIS MAZETIER - “PIANISTICALLY YOURS”

Jazz Connaisseur JCCD 0242-2)

 

KEEP YOUR TEMPER, TANGO SEVILLE, THAT GOOD OLD STUFF, SUITCASE BLUES, CHARLESTON RAG, CLOTHED WOMAN, SAVE YOUR SORROW FOR TOMORROW, CHICAGO BREAKDOWN, COME SUNDAY, HAPPY FEET, CONVERSATION ON PARK AVENUE, HANDFUL OF KEYS, HOW DEEP IS THE OCEAN, KEEP YOUR TEMPER, WHEN IT’S SLEEPY TIME DOWN SOUTH.

 

Ces solos de piano ont été enregistrés lors d’un concert donné le1er décembre 2002 en Suisse, dans l’église médiévale de Boswil. Comme toujours, Louis Mazetier offre un excellent programme fort réjouissant aussi bien par sa qualité que par sa variété. Souvent il choisit des thèmes marqués de façon définitive par quelques fameux pianistes et il en donne une version personnelle imprégnée par le talent ou le génie du glorieux prédécesseur.

L’album débute sur Keep your temper, signé Willie ‘The Lion’ Smith, dans lequel Louis s’inspire de la manière de l’auteur, un style aérien, limpide et fleuri assis sur une impérieuse partie de main gauche. Alléchante surprise, à l’autre bout du CD se tient une seconde interprétation de Keep your temper basée cette fois sur la version de Donald Lambert, d’où un jeu très volubile et intense appuyé sur des basses époustouflantes.

Tango Seville, composition personnelle de Louis Mazetier, présente évidemment la touche espagnole, genre Jelly RoIl Morton, et se développe avec une logique qui captive l’auditeur. Autre composition signée de notre champion du ‘stride’, That good old stuff se déroule sur un mode exubérant particulièrement plaisant. Le blues d’Hersal Thomas, Suitcase blues, avec son côté insistant, obsédant, possède un feeling plein de fraîcheur ; Charleston rag d’Eubie Blake se déploie joliment avec rigueur et logique Clothed woman ainsi que Corne Sunday et How deep is the ocean proposent une élégante musique méditative, introspective, comme l’affectionnait Duke Ellington.

Save your sorrow for tomorrow, plein de joie, d’allégresse est sans doute un salut à Dick Wellstood qui a enregistré ce thème par ailleurs assez peu utilisé. Après quoi, arrivent une démarche Jelly Roll Morton sur Chicago breakdown, alias Stratford hunch, puis une luxuriance à la Art Tatum dans Happy Feet ; ensuite se retrouvent le climat détendu de Willie ‘The Lion’ dans Conversation on Park Avenue et celui pétillant et euphorique de Fats Waller dans Handful of keys. Le disque se termine sur l’inattendu When it’s sleepy time down South à l’atmosphère recueillie, sereine, évoquant inévitablement le roi Louis. (André Vasset)