Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 572, page 19
Rubrique : Nouveauté
LOUIS MAZETIER"TRIBUTE, PORTRAITS AND
OTHER STORIES"
Arbors ARCD 19361
YOU'VE
GOT TO BE MODERNISTIC, SWEET AND LOVELY, IN AUGUST AT ST. GERMAIN DES PRÉS, THE
PEARLS, TEA FOR TWO, SWEET SMILE, INSTINCT OF CONSERVATION, RUSSIAN GREEK,
SURPRISES, WALKING MY BABY BACK HOME, ANITRA'S DANCE, SIMPLY THE BLUES, TANGO
SEVILLE, JUST YOU JUST ME, I GUESS I’LL HAVE TO CHANGE MY PLANS, SNEAKAWAY,
PORTRAIT OF A PORTRAITIST, CAN'T WE BE FRIENDS, SKYLARK, KEEP OFF THE GRASS,
FRANÇOIS, NOSTALGIC WALK.
Le Bulletin 569 d'avril dernier
recommandait un CD Jazz Connaisseur de solos de piano par Louis Mazetier
enregistrés en décembre 2002 mais dont la parution avait été retardée suite à
divers contretemps. Voici que la marque Arbors publie maintenant un nouvel
album de solos de Louis captés, comme les précédents, à l'église de Boswil,
renommée par la qualité sonore des enregistrements qui en proviennent. Dans
cette récente série (datant des 30 et 31 août 2007), Louis Mazetier, comme à
son habitude, propose un répertoire presque totalement différent de celui de
ses précédents albums, d'où un recueil riche en variété et en imprévu.
Bien évidemment, et heureusement,
reste à l'honneur le style 'stride' par lequel il se fit connaître et
reconnaître comme un des plus prestigieux spécialistes actuels. Plutôt que de
s'acharner sur les mêmes thèmes pour en livrer une énième version, Louis
préfère en explorer de nouveaux. Moins confortable que de se cantonner dans la
routine, mais plus enrichissant ! Il s'adresse à James P. Johnson d'approche
subtile dans Keep off the grass
et affronte la complexité de You've got to be modernistic pour offrir deux interprétations
étourdissantes d'impétuosité et de brio. Deux autres maîtres ès 'stride' sont
sollicités tout aussi magistralement : Willie Smith Le Lion dans Sneakaway et le terrible Donald Lambert dont Louis
reprend Anitra's dance avec une
exubérance époustouflante.
Le stride reste présent par
exemple pour un appui discret au discours plein d'envolée de Walking my
baby back home, ou au jeu ciselé à la
Teddy Wilson sur I guess I’ll
have to change my plans, ou pour un
soutien direct à l'allégresse de Just you just me. Bien sûr, il faut aussi souligner l'exaltant passage en 'stride' de Tea
for two, beau gage d'admiration adressé
à Art Tatum. Par ailleurs, Louis Mazetier s'exprime également dans un style
élégant et chantant dans Can't we be friends et Skylark et, surtout,
il convient de souligner la qualité de la splendide version de The
Pearls. On ressent comme une sorte de
connivence avec `Jelly Roll' Morton dans la poésie et la délicatesse.
Parfois Louis dérive vers une musique méditative ne manquant pas de charme (Sweet and lovely) que l'on rencontre dans ses propres compositions, abondantes dans cet album. Ainsi Sweet Smile. Instinct de conservation. Russian Greek, à l'accent nostalgique, qui composent sa Significant Ladies suite tout comme Surprises, marqué par l'allégresse et l'humour. Louis en outre, a signé In August at St. Germain des Prés, au nonchalant accent garnérien ; Tango Seville, dont la touche espagnole ne peut que rappeler celle de `Jelly Roll' ; Portrait of a portraitist, saisissante évocation de Duke Ellington ; François, lourd de souvenirs hantés par l'ami jumeau François Rilhac ; Nostalgic walk à la démarche paisible mais guillerette. Enfin, gage d'authenticité, il joue le blues avec l'accent et le 'feeling' requis ainsi que le prouve Simply the blues. André VASSET
Chronique publiée
dans le Bulletin du Hot Club de France N° 572, page 14
Rubrique : Réédition
LOUIS ARMSTRONG AND THE DUKES OF DIXIELAND -
THE COMPLETE
Essential Jazz Classics EJC 55404
CD 1
: BOURBON STREET PARADE, BACK O' TOWN BLUES, SWEETHEARTS ON PARADE, DIPPERMOUTH
BLUES, RIVERSIDE BLUES, BILL BAILEY, SOMEDAY YOU'LL BE SORRY, STRUTTIN' WITH
SOME BARBECUE, I AIN'T GONNA GIVE NOBODY NONE OF MY JELLY ROLL, CORNET CHOP
SUEY, THE BUCKET'S GOT A HOLE IN IT, MUSKRAT RAMBLE, BYE AND BYE, NOBODY KNOWS
THE TROUBLE VVE SEEN
CD 2
: SOUTH, WASHINGTON AND LEE SWING, AVALON, NEW ORLEANS, THAT'S A PLENTY, JUST A
GLOSER WALK WITH THEE, DIXIE, THE SHEIK OF ARABY, WOLVERINE BLUES, SWEET
GEORGIA BROWN, LIMEHOUSE BLUES, BOURBON STREET PARADE, BACK O' TOWN BLUES,
SWEETHEARTS ON PARADE, DIPPERMOUTH BLUES, RIVERSIDE BLUES
CD 3
: BILL BAILEY, SOMEDAY YOU'LL BE SORRY, I AIN'T GONNA GIVE NOBODY NONE OF MY
JELLY ROLL, CORNET SHOP SUEY, THE BUCKET'S GOT A HOLE IN IT, SOUTH, AVALON, NEW
ORLEANS, THAT'S A PLENTY, JUST A GLOSER WALK WITH THEE, DIXIE, THE SHEIK OF
ARABY, WOLVERINE BLUES, SWEET GEORGIA BROWN, LIMEHOUSE BLUES
L'orchestre des Dukes of
Dixieland accueillit Louis Armstrong lors de deux séances d'enregistrement,
l'une en août 1959, l'autre en mai 1960. Cette dernière fit l'objet d'un LP
Audio-Fidelity paru en France peu après, alors que la première attendit
curieusement neuf ans avant sa publication par Musidisc. Les trois CD de ce
coffret rassemblent l'intégralité des enregistrements faits à ces deux
occasions, soit le contenu des deux albums LP, plus trois prises non utilisées,
plus vingt prises alternatives (les prises rejetées et alternatives furent
publiées naguère de façon confidentielle par Chiaroscuro). Tout cela a été regroupé
sans tenir compte de l'ordre chronologique : ainsi, les enregistrements de 1959
occupent le CD 1 (hormis, étrangement, la première plage), les quatre dernières
plages du CD 2 et les cinq premières du CD 3.
Les Dukes of Dixieland forment un
groupe de qualité restreinte, mais,
plutôt que de déplorer un manque d'interlocuteurs, il faut se réjouir
d'entendre Louis jouer abondamment dans un environnement rendant son génie
aveuglant. Frank Assunto, le trompette
assez plaisant de l'orchestre, adopte parfois une démarche à la Armstrong mais
sans faire longuement illusion. Après une brève introduction de piano, Louis
joue le thème de Back o' town blues avec un swing exubérant, ensuite il chante trois chorus avec
contre-chant par trompette, clarinette et trombone successivement, puis Frank
Assunto prend un chorus avant la conclusion de Louis, toujours irrésistible. La
proximité des deux trompettes fournit un contraste impressionnant dans Sweethearts
on parade où Louis joue le premier et
cinquième (et dernier) chorus dont le pont revient, les deux fois, à Assunto.
De surcroît, Louis chante le deuxième chorus et son collègue le troisième puis
le quatrième où il s'essaie au 'scat', Louis venant alors à son secours. Un
monde sépare leurs styles, aussi bien l'instrumental que le vocal.
Sans entrer dans le détail,
signalons que Louis, en grande forme, swingue trois chorus fulgurants dans Dippermouth
blues, mène majestueusement les quatre
chorus d'ensemble de Riverside blues, chante deux chorus dans Bill Bailey, partage le troisième avec Assunto puis mène le quatrième dans Someday
you'll be sorry, il laisse le premier
chorus à Assunto, joue le deuxième et chante les suivants. Dans Struttin'
with some barbecue, Assunto débute avec
le couplet (12 mesures), puis
Louis joue le thème et le chorus suivant et ceux de la fin avec coda explosive
(Assunto prend le chorus avant celui de clarinette). Assunto mène au début de
Jelly roll, Louis à la fin. Dans Cornet chop suey, Louis joue le couplet, Assunto le premier chorus, le reste revenant à
Louis. Pour The bucket's got a hole in it, Assunto débute à la trompette, Louis puis Assunto chantent et Louis
conduit superbement l'ensemble final.
Trois morceaux avaient été
rejetés à l'origine : dans Muskrat Ramble, où Louis est bien présent, la collective finale, précédée d'un chorus
par Assunto, souffre d'une prise de son confuse ; dans Bye and bye, Louis joue le thème et chante longuement,
ses partenaires venant intercaler un chorus entre ses chorus vocaux ; Nobody
knows the troubles I’ve seen est
essentiellement chanté par Louis avec contre-chants attentifs de Frank Assunto.
Quant aux prises alternatives, où Louis infaillible introduit de nombreuses
nuances ou modifications toujours judicieuses, elles suivent le même plan que
les prises retenues, à l'exception de Sweethearts on parade qui comporte un chorus supplémentaire et
superflu (par p, b, cl, tb), intercalé après les chorus chantés.
Les enregistrements de 1960
bénéficient d'une excellente qualité sonore, plus nette que précédemment, ce
qui permet de profiter de Louis largement sollicité et généreux en moments
exceptionnels. Après une introduction flamboyante, Louis conduit l'orchestre
pour l'exposé de South puis
improvise un chorus chanté en partie scat et laisse le micro à ses partenaires
avant une collective finale enlevée magistralement. Dans Avalon, Assunto mène le premier chorus puis Louis
intervient au long de quatre chorus (trois de trompette avec vocal intercalé)
et, après tuba et trompette d'Assunto, revient pour le chorus final. Louis
reste au premier plan, trompette et vocal, dans New Orleans ainsi que dans le bouleversant Just a
closer walk with Thee, un sommet. Dans Wolverine
blues, il joue les deux thèmes (16 et
32 mesures), fournit un admirable contre-chant à la clarinette, prend un `stop
chorus' puis dialogue avec Assunto. Sa trompette reste en vedette au long de Limehouse
blues (en laissant une place à
clarinette et tuba) avec encore une conclusion super.
Notons également That's a plenty où Louis expose les deux thèmes de 16 mesures, laisse un chorus à Assunto et, plus loin, après la clarinette, prend deux chorus époustouflants ; Dixie où, là encore, il joue les deux thèmes de 16 mesures ; The Sheik of Araby où il joue le couplet (24 mesures) et chante deux chorus. Dans ces trois titres encore, il conduit le final avec un swing terrible. Dans trois autres morceaux de cette série, il occupe une place réduite : Bourbon Street parade (un chorus chanté et contre-chant au vocal d'Assunto), Washington and Lee swing (un chorus après celui de trombone) et Sweet Georgia Brown (2ème et 4ème chorus, le 3ème par Assunto). Concernant les prises alternatives, comme précédemment, les interprétations respectent le même plan ; seul Avalon compte deux chorus supplémentaires (clarinette puis trombone) après le vocal. Parfois le tempo adopté est sensiblement différent dans la prise rejetée, soit plus rapide (New Orleans), soit plus lent (Just a Gloser walk with Thee). Bien entendu, la partie de Louis présente de fréquentes nuances et même de profondes différences comme son vocal de South. En résumé, voilà un coffret particulièrement bienvenu. André VASSET