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Catégorie: Réédition

 

Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de France N° 575, page 18/19

 

 

MAHALIA JACKSON - “COMPLETE VOL. 6” - Frémeaux & Ass. FA 1316, distribution Nocturne

 

Silent night holy night, O little town of Bethlehem, Go tell it on the mountain, White Christmas, I wonder as I wander, Sweet little Jesus boy, The Holy Babe, No room at the inn, Joy to the world, O come all ye faithful, A satisfied mind, The Bible tells me so, I asked the Lord, I’m grateful, Down by the riverside, Trouble in my way, Without a song, Joshua fit the battle of Jericho, The Lord is a busy man, ‘Round the rainbow

 

Voici la suite de l’intégrale réservée à la magnifique Mahalia Jackson, le volume 5 précédent ayant été chroniqué dans le Bulletin 564. L’album débute avec la production de deux séances Columbia au cours desquelles furent enregistrés dix chants de Noël destinés à composer un recueil de circonstance. De ce fait, le répertoire imposé ne se soucie guère de la tradition gospel et fait une large place à des morceaux grand public tels Silent night holy night et White Christmas enregistrés le 31 mai 1955. Mildred Falls au piano, Ralph Jones à l’orgue et Milton Hinton à la contrebasse accompagnent Mahalia Jackson et, si les thèmes restent peu attrayants, la voix extraordinaire de la chanteuse empoigne à tout coup l’auditeur. La situation s’aggrave encore avec l’intrusion d’un orchestre à cordes qui vient engluer la musique de O little town of Bethlehem et I wonder as I wander. Miraculeusement, s’est glissé un titre appartenant à la tradition noire, Go tell it on the mountain, qui permet à Mahalia, de retour dans sa musique, de s’exprimer avec une flamme et un swing enthousiasmants. Elle détaille le texte avec une énergie vibrante relancée par de brusques éclats qui apportent un relief saisissant.

Deux jours plus tard, Mahalia retrouve sa rythmique rejointe par Lionel Hampton dont le vibraphone se tient à l’arrière-plan. Par chance, elle interprète deux gospels, The Holy Babe et No room at the inn, en tempo moyen au swing insistant et irrésistibles d’abattage et d’envolée. Le bonheur s’arrête là les trois autres morceaux (Sweet Little Jesus boy, Joy to the world, O come all ye faithful) appartiennent au genre commercial souligné encore par le chœur pompeux qui vient escorter la chanteuse.

Elle continue ensuite à être aux prises avec un répertoire fluctuant : ainsi, le 4 août 1955, elle reçoit la réplique d’un chœur machinal dans le peu emballant A satisfied mind avant de swinguer allègrement The Bible tells me so. La séance suivante (3 novembre 1955) produit six interprétations avec accompagnement de composition variable dans lequel ses fidèles Mildred Falls et Ralph Jones reçoivent le renfort de Skeeter Best à la guitare, Walter Page à la contrebasse et Specs Powell à la batterie. Deux titres, des classiques, Down by the Riverside et Joshua fit the battle of Jericho, pris sur tempo vif, swinguent allègrement et, dans le superbe Trouble in my way, en tempo lent, Mahalia chante de façon extraordinaire, recueillie et poignante, cependant que ses musiciens balancent avec une aisance aérienne. Les trois autres plages (I asked the Lord, I'm grateful, Without a song) n’offrent pas de bons arguments à la chanteuse et n’échappent pas à la grandiloquence là, Mildred Falls assure l’essentiel de l’accompagnement. Un grand orchestre assiste Mahalia le 7 novembre 1955 dans The Lord is a busy man pris en tempo rapide et chanté avec une impressionnante énergie. Enfin, ‘Round the rainbow (19 mars 1956) débute avec émotion en tempo lent puis passe en tempo moyen en dégageant un swing considérable. Mildred Falls et Ralph Jones se trouvent ici en compagnie de Mut Hinton et Gus Johnson. Répétons-le, lorsqu’elle chante le gospel Mahalia Jackson reste incomparable et lorsqu’elle est confrontée à la banalité commerciale sa voix magique la transfigure. (A. V.)