Retour SOMMAIRE CD du mois Adhérer à un hot-club / S'abonner au bulletin du HCF

Catégorie : Nouveauté

Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de France N° 579, pages 17,18,19

SISTERS 0F THE SOUTH - “A WHOLE LIFE OF BLUES”
Dixiefrog presents MUSIC MAKERS - Album de 2 CD Dixiefrog DFGCD 8649

CD 1 — Cora Fluker: Come on Jesus; Cora Mae Bryant: Born to die; Algia Mae Hinton: Cook cornbread for your husband; Precious Bryant: Wasn’t I scared; Essie Mae Brooks: I wrote you a letter ; Beverly Guitar Watkins: Jesus s always there for you; CF: Look how the world has made a change; Etta Baker: Sunny Tennessee; WilIa Mae Buckner: Let me play with your yoyo; CMB: Cora’s escape; EMB: Got to run on ; AGM: I ain’t the one you love; Annie Griggs: You got to move; PB: Fever; AMH: Going down the road feeling bad; Pura Fe’: Motherless children; EB: John Henry; WMB: St Louis blues; AMH: Lima beans; PF:Great grammpah’s banjo; Lucille Lindsay: Old time religion; EMB: I don’t have to worry where I spend eternity.


Video program: “Six sisters of the South”. BGW: performance (Argentina), interview (Europe); WMB, Wentworth, NC; Marie Manning, Roanoke Rapids, NC; EMB, Grey, GA Pauline & James Goins, Ridgeway, SC; EB, Wentworth, NC

 

CD 2 — Sweet Betty: Ami that good news: AMH: Out of jail; Pauline & James Goins: Prayed; AMH: I want Jesus to go with me; CMB: Blues was my best friend: CF: Shogun boogie; PB: You don’t love me would you fool me good; EB: Talks about the banjo, Soldier’s joy, Old Joe Clarke; CMB: Hambone, Il was weaver; Marie & Bishop Dreacly Manning: Glory Glory; BGW: I know the Lord will find a way; EMB: I’ve been gone 100 long; AMH: You don’t have 10 go; PF: Hard lime killing floor; EB & AMH: Comb blues; EB: Etta’s rainbow poem: WMB: Peler Rumpkin; CMB: 1999; EB: Going down the road feeling bad; AMH: Watcha gonna do when your good girl turns you down; CF: Pray for me

Video program: “A visit to Etta Baker’s”

 

Voici un album extrêmement copieux qui, en deux CD, non seulement ne présente pas moins de 46 interprétations relatives à 14 chanteuses différentes, mais aussi deux vidéos, d’une dizaine de minutes chacune, que l’on peut lire sur son ordinateur. La composition du recueil est de surcroît très atypique puisque vous aurez rarement lu le nom de ces artistes dans les livres et les revues s’intéressant à notre musique. L’origine de cette compilation revient à Timothy Duffy. Celui-ci, par l’intermédiaire de sa fondation Music Maker, a voulu rendre justice à toutes ces Noires musiciennes du sud des États-Unis qui, victimes du sexisme et de l’injustice sociale (sans oublier le racisme), n’ont pas eu accès à la reconnaissance et au succès. Tim Duffy a passé beaucoup de temps à sillonner le Sud, jusque dans ses coins le plus reculés, pour rechercher ces artistes méconnues, les enregistrer, les filmer et même dans certains cas assurer leur promotion. Évidemment toutes ces dames ne sont pas de la première jeunesse — la plus jeune est née en 1943 —‘ les voix se sont éraillées, ont perdu en précision et en justesse, mais, malgré les outrages du temps, elles ont conservé une incontestable authenticité et, dans la plupart des cas, une flamme et une sincérité étonnantes. Voici quelques mots sur les plus représentatives de ces artistes dont le répertoire oscille le plus souvent entre blues et gospel. Un livret copieux fournit une notice sur chacune d’entre elles, accompagnée d’une photographie. Dans l’album, les chanteuses sont présentées en ordre dispersé et il est rare que se suivent deux interprétations de la même personne; grâce à cette disposition, la musique s’écoute sans lassitude, avec une agréable sensation de diversité. La première à entrer en scène est Cora Flucker qui, dans un style dépouillé à l’extrême, chante le gospel a cappella (Come on Jesus) ou s’exprime dans une forme mi parlée mi chantée en s’accompagnant d’un rythme lancinant à la guitare (Shotgun boogie). Cora Mae Bryant possède une voix exceptionnellement grave et rocailleuse faite pour le blues, malgré un registre limité. Elle bénéficie par surcroît d’un excellent accompagnateur. Joshua Jacobson, qui joue excellemment de la guitare avec le ‘bottle neck’, notamment dans Born to die, Blues was my best, It was weaver et 1999. Les cordes vocales d’Algia Mae Hinton sont, hélas, bien fatiguées, mais, malgré l’absence de vibrato, son chant reste expressif. Privilégiant le blues de huit mesures, elle s’accompagne joliment à la guitare dans un style qui évoque par moments Blind Gary Davis, comme dans Going down the road; elle est aussi à son avantage dans Lima Beans et You don’t have to go qui reçoit le renfort d’un bon harmoniciste (sans doute Taj Mahal). Avec une voix grave, un peu usée mais éloquente, Essie Mae Brooks utilise parfois le style incantatoire parlé. Sa meilleure interprétation est un blues en tempo rapide, Got to run, où Cool John Ferguson lui fournit un impeccable et swingant accompagnement de guitare. Etta Baker était la doyenne du groupe. Elle est morte en 2006, à l’âge de 93 ans, trois ans après le tournage de la petite vidéo qui lui est consacrée dans le CD 2. Contrairement à ses consœurs, elle ne chante pas, mais se contente de jouer de la guitare et du banjo. A vrai dire, son style est assez fortement marqué par la musique folk, mais ses deux solos de guitare, Sunny Tennessee et Goin’ down the road sonnent agréablement, bien que d’un swing plutôt léger. Plus convaincante est sa partie de guitare dans Comb blues, d’une solide pulsation, agrémentée de phrases très blues. Dans cette interprétation, Algia M. Hinton chante dans un peigne entouré de papier de soie. L’effet est surprenant, surtout dans les premiers chorus car Algia a un peu de mal à tenir la distance... Nous finirons ce tour d’horizon avec Pura Fe’, une des vedettes de la marque Dixiefrog — elle était en tournée en France l’été dernier. Pura Fe’ possède une voix sensible au timbre agréable, avec un joli vibrato parfois marqué de ‘growl’. Elle est très à son avantage dans Motherless children, blues en mineur expressif et prenant. Voici un bel album, varié et mettant en lumière tout un aspect de la musique noire américaine, trop longtemps et injustement ignoré. Bien sûr, je ne le conseillerai pas à ceux qui ne supportent pas l’imprécision et le manque d’apprêt, aux passionnés de justesse de ton et d’harmonies orthodoxes. Par contre j’engage tous ceux qui placent en priorité l’authenticité, la sincérité et le cœur, tout en sachant faire la part des défauts inhérents à l’âge et au manque de pratique, à l’acquérir sans tarder: je pense qu’ils ne le regretteront pas.

Dominique Brigaud

Catégorie : Réédition

Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de France N° 579, page 21

CLAUDE BOLLING - “ROLLING WITH BOLLING”

Intégrale Claude Bolling Big Band 1973 - 1983

Coffret de 3 CD Frémeaux & Associés FA 5029

 

Cette intégrale qui contient la totalité des morceaux parus sous le nom du Claude Bolling Big Band entre 1973 et 1983, sous la forme de cinq microsillons, est en fait la réédition d’un coffret strictement identique élogieusement chroniqué dans le Bulletin 511 d’avril 2002. La seule différence tient à la couverture qui, dans la première édition, était une photo en noir et blanc, remplacée ici par la reproduction d’un portrait de Claude Bolling par Moretti. C’est un des meilleurs coffrets du Claude Bolling Big Band: tous les morceaux y ont été composés et arrangés par Bolling, illustrant sa grande inventivité et son remarquable sens du jazz. La trame du blues y est largement utilisée, avec bonheur, pour des interprétations qui s’étendent souvent sur cinq ou six minutes, et les arrangements privilégiant le swing laissent une bonne place à des soliste de qualité: en premier lieu, Claude Bolling lui-même, pianiste exceptionnel, ainsi que Gérard Badini, André Villéger, Jean-Claude Naude, Pierre Sellin, Fernand Verstraete, Patrick Artéro, Michel Camicas entre autres. Procurez-vous sans tarder ce coffret si vous ne le possédez déjà.

                                                                                                                                              François Abon