Catégorie : Nouveauté
Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 580, page 17
THIERRY OLLÉ TRIO - “MISS NO”
OT
0801 (autoproduit) - Distribution
Jazzophile/Jazztrade
CARELESS LOVE, PREMIER
BAL, WHEN I GROW TOO OLD TO DREAM, DO YOU KNOW WHAT IT MEANS TO MISS
NEW ORLEANS, SOMEDAY YOU’LL BE SORRY,
SAINT JAMES INFIRMARY, SWEET GEORGIA BROWN, WHAT A WONDERFUL WORLD, FIDGETY
FEET, DOCTOR JAZZ, AVALON, BLACK AND BLUE, WRAP YOUR TROUBLES IN DREAMS, ALTER
YOU’VE GONE, ALEXANDER’S RAGTIME BAND.
Un des grands mérites du saxophoniste et chef d’orchestre Paul Chéron est
d’avoir permis à certains musiciens de révéler leurs talents grâce à la pépinière
qu’est le Tuxedo Big Band : le
saxophoniste Michel Pastre, le batteur Jean-Luc Guiraud ou encore le pianiste
Thierry Ollé, pour ne citer que quelques-uns. Ce dernier, qui fut durant de
nombreuses années une des chevilles ouvrières de l’orchestre, vole désormais de
ses propres ailes et réalise avec “Miss NO” son premier opus sous son nom. Pour
ce faire, il s’est entouré de deux alumni chevronnés du Tuxedo Big Band: le
bassiste Serge Oustiakine et le batteur Guillaume Nouaux.
On reproche à certaines productions actuelles un réel
manque d’homogénéité, ce qui se vérifie bien souvent, certains musiciens
privilégiant des thèmes, aussi divers que variés, destinés avant tout à mettre
en valeur toutes les facettes de leur talent. Ici rien de tel : il s’agit d’un
projet musical parfaitement élaboré autour de thèmes tirés pour la plupart du
répertoire Nouvelle-Orléans, d’où le titre de “Miss NO”, mais joués de manière
toute personnelle par Thierry Ollé avec, pour aboutissement, une « recréation
» de ces morceaux. Ce traitement très original les rajeunit, leur donne une
nouvelle fraîcheur et l’on reste confondu devant une telle audace, tant dans l’inspiration
que dans l’interprétation. Précisons par ailleurs que, par leur climat,
certaines plages ne sont pas sans rappeler celles enregistrées au Pershing de
Chicago par Ahmad Jamal, aussi bien par le jeu du pianiste que par le
‘drumming’ solide, précis et efficace de Guillaume Nouaux, épatant tout au long
de cette session; et là aussi, le parallèle avec le batteur Vernell Fournier
s’impose. On se laissera tout naturellement séduire par Careless Love et par Do you What il means to miss New Orleans
où Thierry Ollé déroule son jeu tout en finesse et en nuances Fidgety Feet, au rythme
délicieusement décalé, est en tous points remarquable ; Doctor jazz est
traité de manière totalement iconoclaste, ce qui aurait certainement ravi le
facétieux Jelly Roll Morton ; Black and blue, pris sur un tempo aisé,
nous vaut un discours allègre et swingant que Thierry Ollé termine en feu
d’artifice, appuyé par un robuste ‘after-beat’ de Guillaume Nouaux. Le CD
s’achève sur une version très originale et fort réjouissante de Alexander’s ragtime band. Notons
toutefois qu’on aurait pu se dispenser des deux faces chantées.
A cette réserve près, voilà un disque tout à fait réussi,
par un trio parfaitement au point, qui devrait ravir les amateurs de beau piano
et sur lequel les autres auraient bien tort de faire l’impasse.
Christian
Sabouret
Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 580, page 13
THE GREAT ELLINGTONIANS:
PAUL GONSALVES - HARRY
CARNEY - BOOTY WOOD
Fresh
Sound FSR-CD 532
CD 1 - HARRY CARNEY, “The Duke’s Men” : TREE
OF HOPE, BLUES FOR BLOKES, BABY BLUE, JEEPERS CREEPERS, ROCK ME GENTLY, HAND ME
DOWN LOVE, MABULALA, FIVE O’CTOCK DRAG ; THE MITCHELL ‘BOOTY’ WOOD ALL
STARS, “Hang in there” : HANG IN THERE, NEW CAMBRIDGE BLUES, EASIN’ ON DOWN
PICCADILLY, OHSO
CD 2 - THE MITCHELL ‘BOOTY’ WOOD ALL STARS,
“Hang in there” (suite): SNOW STORM, BLUES IN BONES, SUNDAY, OUR DELIGHT; PAUL GONSALVES -
HAROLD ASHBY, “Tenor stuff”: OUT OF
NOWHERE, SWALLOWING THE BLUES, LONDON BROIL, MIDNIGHT SUN, SQUEEZE ME, BLUE SKIES, JEEP’S BLUES, YOU CAN DEPEND ON
ME
Cet album de deux CD regroupe trois microsillons réalisés sous la supervision de Stanley Dance, en 1960 pour les deux
premiers et en 1961 pour le troisième, par des musiciens appartenant ou ayant
appartenu presque tous à l’orchestre de Duke Ellington. On trouvera la
chronique détaillée du Harry Carney dans le Bulletin 111, p. 36, et
celle des deux autres dans le Bulletin 116, pp. 30 et 31. En voici un
condensé. De ces trois recueils qui font partie des Landsdowne Jazz Series que
supervisait Stanley Dance, c’est sans doute celui de Booty Wood le plus
constamment réussi, tant par la qualité de la rythmique (Aaron Bell, formidable
à la basse, Oliver Jackson à la batterie et soit Sir Charles Thompson soit Ram
Ramirez au piano) que par celle des solos, avec notamment Paul Gonsalves, Johnny
Hodges (sous le pseudonyme de Cue Porter) et, bien sûr, Booty Wood au trombone.
“Tenor Stuff” ne serait pas loin d’égaler le précédent recueil si
l’enregistrement était sans défaut et si Jo Jones à la batterie ne se trouvait
pas en dessous de son niveau habituel. En revanche, Paul Gonsalves est au plus
haut sommet de sa forme, prenant des solos qui débordent de flamme et d’idées,
notamment dans Out Of Nowhere et Squeeze me, ainsi que dans Swallowing the blues qui est la
meilleure interprétation de cette séance (vous serez surpris de l’y entendre — une
fois n’est pas coutume — jouer quelques
chorus de guitare). Harold Ashby, tout en étant plus irrégulier, sait se
montrer à la hauteur et en bonus, dans la moitié des plages, vous avez Ray
Nance alternant trompette, violon et chant. Cependant le moins bon des trois
microsillons, “The Duke’s Men” d’Harry Carney, est loin d’être négligeable, en
particulier grâce aux solistes qui se montrent très inspirés, que ce soient Ray
Nance, jouant ici sans sourdine, Paul Gonsalves (Baby blue) ou Harry Carney (Hand me down love). Toutefois les arrangements dus à Kenny Graham
sont de qualité inégale et les ensembles manquent souvent de mordant, Sam
Woodyard qui tient ici la batterie n’étant pas au mieux de sa forme. Sous ces
quelques petites réserves vous ne perdrez pas votre temps et votre argent à
acquérir ce copieux album qui présente de surcroît une belle homogénéité.
Christian
Sabouret