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Catégorie : Nouveauté

Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de France N° 581, pages 15,16

 

 

 

GENERATION SINGLETON “I’M COING UP YONDER”

Ebony EGCD 2014

 

OLD LANDRNARK, OH MARY DON’T YOU WEEP, DOWN BY THE RIVERSIDE, I DON’T FEEL NO WAYS TIRED, HOW JESUS SAVED, EZEKIEL SAW THE WHEEL, THE POTTER’S HOUSE, I DON’T KNOW WHAT YOU COME TO DO, PRECIOUS LORD, CAN’T NOBODY DO ME LIKE JESUS, THE BLOOD, JESUS WILL FIX IT, AMAZING GRACE, HOW I GO OVER, L’M GOING UP YONDER

 

Inlassable découvreur de talents au royaume du gospel, Willy Leiser, une fois encore, vient de débusquer un groupe superbe, originaire de Lansing, Michigan: Generation Singleton. Il réunit trois sœurs Camilla, Andrea et Catrese Singleton, leurs nièces Crystal et Tia Robertson, leurs neveux Ryan Robertson et Alfred Singleton, accompagnés par Marcus Stringer, piano et orgue. Dans cet album, enregistré en décembre 2008 et janvier 2009, apparaissent çà et là bassiste et batteur pour une contribution anecdotique.

Chacun des sept chanteurs trouve l’occasion de tenir la partie principale pendant que ses partenaires fournissent un chœur d’une cohésion idéale. Tous s’expriment, comme il se doit, avec flamme et émotion, mais Camilla possède sans doute la voix la plus exceptionnelle. Ainsi, elle dirige admirablement Oh Mary don’t you weep devant un background très dense faisant écho à son vocal : elle débute dans le recueillement puis s’anime insensiblement pour terminer avec une véhémence irrésistible. On la retrouve dans une démarche semblable, toujours empoignante dans The Blood et Jesus will fix it, terriblement balancé. Elle bénéficie également d’un traitement spécial dans Precious Lord qu’elle interprète en soliste avec le seul accompagnement de l’orgue. Elle dégage une profonde émotion dans ce fameux morceau de Thomas A. Dorsey, la seule face d’où le chœur est absent. Dans un autre classique, Ezekiel saw the wheel, chanté a cappella par le groupe, elle assure brièvement le ‘lead’, conjointement avec Alfred Singleton. Un autre titre est chanté a cappella, Amazing Grace, mais d’une même voix par l’ensemble.

Dans I don’t feel no ways tired, tour à tour chacun des sept chanteurs tient la partie principale. Après l’orgue puis l’ensemble, apparaissent successivement Ryan Robertson sobre et solide. Crystal vibrante, Andrea mobile, Alfred sombre, Catrese et Tia, les voix les plus hautes et Camilla qui conclut avec sa fougue et sa conviction irrésistibles. Un autre titre, I don’t know what you come to do, fait pareillement alterner les sept membres du groupe, utilisés quasiment dans le même ordre.

L’album s’ouvre sur Old Landmark qui démarre de façon fulgurante avec Crystal Robertson en vedette poussée par un chœur harcelant. Les groupes de gospel reprennt volontiers des thèmes ultra-classiques et chacun d’eux arrive étonnamment à en proposer une version originale : le présent Down by the Riverside conduit par Alfred Singleton constistue un nouvel exemple. Pour le ‘medley’ How Jesus saved s’enchaînent quatre titres: Power in the blood (mené par Alfred Robertson.), Nothing but the blood (par Catrese Singleton), I know it was the blood (par Tia Robertson) et Oh the blood 0f Jesus (par Andrea Singleton). Crystal et Tia se trouvent en vedettes sur The potter’s house contenant des moments particulièrement virulents. Pour sa part, Catrese manifeste un bel enthousiasme dans How I got over cependant qu’Andrea, à la direction de Can’t nobody do I like Jesus et de l’m going up yonder, se distingue par son mordant et son impétuosité. Voilà un superbe recueil mettant en évidence la qualité, la variété, la cohésion et le dynamisme de cette Generation Singleton qui fera une tournée européenne en fin d’année. A ne surtout pas manquer !

                                                                                                                        André Vasset

 

 

Catégorie : Réédition

Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de France N° 581, pages 16,17

LIONELHAMPTON“EUROPEAN CONCERTS 1953-1954 »

Frémeaux & Associés FA 5240

 

CD 1: OPENER, OH ROCK, ON THE SUNNY SIDE OF THE STREET, STAR DUST, HOW HIGH THE MOON, VIBE BOOGIE/FLYIN’ HOME, JAM BLUES, VIBE BOOGIE, HIGH THE MOON, RED LIGHT BLUES, SET MY SOUL ON FIRE, ROCK BABY ROCK, STAR DUST N°2

 

CD 2: FLYIN’ HOME, HAMP’S BOOGIE WOOGIE/HEY BABA RE BOP, THE HIGH AND THE MIGHTY / TENDERLY, OUR LOVE IS HERE TO STAY, VIBE BOOGIE N°2, RED RIBBONB, JIVIN’ THE BLUES,  FAST BLUES, DRUMS FEATURE, AGAIN FLYIN’ HOME, DRUMS BATTLE WITH CURLEY.

 

Impossible à qui ne l’a pas vécu de réaliser l’impact, le choc, provoqué par la découverte en direct du grand orchestre de Lionel Hampton lors de ses premières visites en Europe. Une idée en est donnée par ce double album réunissant des enregistrements pris sur le vif, donc en totale liberté et spontanéité. La parfaite sélection est due à Jacques Morgantini dont on lira les commentaires du livret avec profit.

Les trois premières plages proviennent d’un concert de 1953 en Suède. Elles débutent avec Opener, solo de Lionel Hampton dont le vibraphone swingue de façon affolante fidèlement escorté par Billy Mackel à la guitare et Monk Montgomery à la basse. L’orchestre silencieux dans le précédent morceau, apparaît quelque peu en fin de Oh rock lorsque Lionel a insensiblement fait monter la température à un niveau élevé. Le ténor Clifford Solomon expose On the Sunny side que le chef chante avec approbation de ses musiciens.

Tout le reste provient de la tournée de 1954. L’époustouflant Star Dust, long de 7 minutes est extrait d’un concert donné à Amsterdam. Porté par la pulsation souple de la rythmique vibraphone, d’abord calme, recueilli, devient bouillonnant avec alternance de longues phrases étonnantes de virtuosité et de riffs impérieux.

Quelques jours plus tard le pyromane se trouve à Düsseldorf. Après quelques mesures prise d’élan, le vibraphone démarre en feu d’artifice dans How high the Moon avec répliques complices de la guitare. La tension du discours parsemé de citations, croît inexorablement pour éclater avec l’entrée de l’orchestre. Après une vingtaine de chorus du vibraphone débordant de verve sur VIB boogie, l’orchestre enchaîne sur Flyin’ home avec solos des excellents Jay Peters au ténor et Bobby Plater à l’alto.

 Peu après, le groupe donne un concert à Vienne d’où proviennent les sept dernières plages du CD 1. Après un chorus de vibraphone, l’orchestre s’installe pour swinguer furieusement Jam blues (alias Red ribbon) avec solos de Bobby Plater puis Jay Peters ; dans les chorus de fin, le trompette Julius Brooks lance des notes aigués. Après le suspense de l’introduction, Lionel joue longuement Vibe boogie en faisant incroyablement monter la tension jusqu’à déclencher l’entrée de l’orchestre. Lorsqu’on évoque l’inspiration de Lionel constamment en éveil, quel meilleur exemple que ce How high the Moon de la plage 9 exposé en valse et complètement renouvelé par comparaison avec la version de la plage 5 seulement antérieure de quelques jours. Red light blues et Set my soul on tire mettent en vedette, sur fond orchestral particulièrement stimulant, l’immense chanteur de blues Sonny Parker à l’abattage et au swing impressionnants. De même Rock baby rock revient à la chanteuse Bertice Reading qui, elle aussi, ne manque ni de punch, ni de swing. Le CD 1 se termine sur Star Dust, évidemment très différent de la version de la plage 4 (en tempo plus lent) : cette inépuisable capacité d’improvisation est ahurissante.

Les quatre premières plages du CD 2 appartiennent au précédent concert de Vienne et débutent dans l’euphorie de Flyin’ home. Après le thème dont le pont revient au vibraphone qui ensuite prend deux chorus, Jay Peters confisque le micro pour huit chorus poussés par des riffs jusqu’au délire final. Toujours avec un swing forcené, Hamp’s boogie woogie fait entendre un formidable Billy Mackel à la guitare puis Lionel au piano et au vocal bifurquant sur Hey baba re hop avec écho du public et enfin riffs de l’orchestre surchauffé. Lionel au vibraphone à l’imagination intarissable donne ensuite un superbe The high and the mighty, prolongé par Tenderly et Our love is here 10 stay.

Des extraits d’un’ autre concert autrichien, à Graz cette fois, occupent la suite du disque. Vibe boogie se développe au vibraphone avec une facilité souveraine et un à-propos confondant avec riffs orchestraux pour conclure. Une nouvelle séance étincelante de vibraphone sur Red ribbon débouche sur les ardents solos de Bobby Plater puis de Jay Peters appuyés par l’ensemble. Le vibraphone ouvre Jivin’ the blues, laisse la parole à la guitare de Billy Mackel (qui swingue terriblement) et à la basse, puis Lionel passe à la batterie et revient au vibraphone pour dialoguer avec la batterie laissée aux mains de Curley Hamner. Billy Mackel récidive en solo dans Fast blues suivi par Al Hayse au trombone et Jay Peters. Drums teature est la fameuse compétition de batterie entre Hampton et Curley Hamner, par ailleurs danseur. Again Flyin’ home s’ouvre sur un ensemble et se poursuit par une série de chorus sur le blues au vibraphone, puis l’or­chestre présente le thème et Jay Peters accumule les chorus, seul sur scène avec la rythmique, pendant que les musiciens circulent dans la salle et avant qu’ils ne reviennent pour le bouquet final. La plage 11 offerte en bonus, Drums baille with Curley, au titre explicite, avait été enregistrée à New York en 1949.

Régénérez-vous auprès du génial Mister Hamp.

                                                                                                            André Vasset