Catégorie : Nouveauté
Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 582, pages 19,20
CHINA MOSES & RAPHAEL LEMONNIER
“THIS ONE’S FOR DINAH”
Blue Note — EMI 5099969312502
Fine fine daddy, Dinah’s
blues, Mad about the boy, Lover come back to me, Is you is or is you ain’t my
baby, Blue gardenia, Teach me tonight, Cry me a river, Fat daddy, Goodbye, Evil gal blues,
What a difference a day makes, Gardenias for Dinah
C‘est certainement
un beau rêve que vient de réaliser la chanteuse China Moses avec la complicité du pianiste Raphaël
Lemonnier: graver un album pour le mythique label Blue Note.
Quant au projet, il s’est voulu ambitieux rendre un hommage à la grande et
inimitable Dinah Washington. Défi redoutable dont a su se tirer China Moses en
évitant l’imitation et la copie servile, même lorsqu’elle reprend certains des
thèmes immortalisés par Miss D. Il en résulte un disque homogène, plutôt réussi
dans son ensemble, malgré quelques faiblesses Mad about that boy ou encore GoodBye,
peu convaincants. Les arrangeurs, Raphaël Lemonnier pour les faces interprétées
avec la seule section rythmique ou François Biensan pour les parties
orchestrales, ont réalisé un joli travail d’orfèvre. China Moses a incontestablement une voix
agréable, bien posée et un drive indéniable. On peut, toutefois lui reprocher parfois
d’abuser du registre aigu où sa voix s’avère un peu juste. Elle détaille avec
un beau feeling Fine fine daddy, Lover corne back to me, Is you is or is you
ain’t my baby pris sur un délicieux tempo lent tout à fait inhabituel, Cry
me a river, Fat daddy ou encore Teach me tonight où elle fait preuve de
beaucoup de sensibilité. Notons enfin What a
difference a day makes qu’elle interprète avec talent et de manière
toute personnelle. Le pianiste Raphaël Lemonnier l’accompagne de façon discrète
mais efficace, et en solo déroule un discours très agréable, jamais verbeux :
il s’illustre notamment sur Fine fine daddy, Teach me tonight, Fat daddy
avec, çà et là, des passages en block-chords bienvenus. Les principaux solistes
sont très fringants, à commencer par François Biensan à la trompette ainsi que
le saxophoniste alto Daniel Huck, aussi performant à l’accompagnement qu’en
solo et qui swingue ‘as usual’. Il intervient aussi en scat, avec un punch
robuste, sur Lover corne back to me. La section rythmique, bien en
place, ne démérite pas, avec, outre le pianiste déjà cité, Fabien Marcoz à la
basse et Jean-Pierre Derouard à la batterie.
Sans être aussi dithyrambique que le critique américain Chris Mosey sur le
site Internet Ail about jazz (qui mentionne dans sa chronique : « Une
brillante nouvelle étoile est entrée au firmament du jazz »), je ne peux
toutefois que vous inviter à découvrir cette jeune chanteuse promise, sans nul
doute, à un bel avenir.
Christian Sabouret
Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 582, pages 16,17
GOSPEL Vol. 5 - “THE GOLDEN AGE OF GOSPEL
1946-195”
Frémeaux FA 5246
CD 1: I’m a soldier (Rev.
Kelsey), Teach me to be right (Rosetta Tharpe), Jesus lover 0f, soul (Famous Blue Jay Singers), Power of the Lord (Five Blind Boys of Alabama), Will Jesus will be waiting for me (Five Blind Boys of Mississippi), Shady green pastures (Georgia Peach) Prayer
changes things (Mahalia Jackson),
Where can I go (Roberta Martin), If Jesus had pray (Robert Anderson),
Throw out the lifeline (Sallie Martin), I see Jesus (Joe May & Wynona
Carr), What do you think about Jesus (Charles Beck), Milky white way (Trumpeteers),Will
there be any stars in my crown (Harmonizing Four), Touch
me Lord Jesus (Angelic Gospel Singer Surely God is able (Clara
Ward), Gospel hop (Ethel Davenport), You got to move (Two Gospel
Keys), I’II live again (Dixie Hummingbirds), I’II be
satisfied (Fairfield Four), God be with y (St. Paul Baptist
Church), On my way (C.C. Chapman)
CD 2: Angels (Prof. Johnson), He won’t deny me (Swan
Silverstones), Ease my troubled mind (Spirit of Memphis), 0h
in that morning (B.C. Campbell), Didn’t it ram
(Rosetta Tharp & Marie Knight), Walk thru the valley (Edna
Gallmon Cooke), He’s calling me (Original Gospel Harmonettes), By
and by (Davis Sisters), Let’s talk about Jesus (Bells of
Jo1,), Yes yes I’
done my duty (Sunset Travelers), Glory glory hallelujah (Gatemouth Moore),
I’m so glad Jesus lifted me ( Voices of Victory), I just keep from crying sometime (Marie Knight), Let run (Gara vans), Lord
Lord Lord (Alex Bradford), Come and go to that land (Soul
Stirrers),Hi Jesus died (Pilgrim Travelers), Burying
ground (Sensational Nightingales), Give me my flowers (Consolers),
Hold my hand (Jessie Mae Renfro), l’ve got a new born soul
(Cleophus Robinson), If I could hear my
mother pray (Staple Singers)
La sélection de ce double album rassemble 44 interprétations
par autant d’artistes et de groupes enregistrés entre 1946 et 1956, d’où un panorama
fort varié et souvent passionnant. Le chant religieux noir américain se
retrouve sous possédant en commun la ferveur et une approche rythmique créatrice
de swing. Un de ses aspects primitifs est le prêche dont le Révérend Kelsey a
donné d’extraordinaires exemples tel I’m a soldier. Son sermon parlé puis chanté soulève
insensiblement sa congrégation
qui s’anime jusqu’au déchaînement final. L’organisation du chant des fidèles
aboutira par la suite à la constitution de grandes chorales, dites « mass
choirs », ainsi que celle de St. Paul Baptist Church dans God be with you.
Bien sûr se trouvent ici quelques bonnes interprétations de formes
intermédiaires dues à Elder Charles Beck (qui conclut à la trompette What do
you think about Jesus), aux Révérends
C.C. Chapman, B.C. Campbell,
Gatemouth Moore, Professor Johnson et Voices of Victory.
Le genre le plus populaire et universellement
connu demeure le petit groupe vocal dont les premiers représentants furent
masculins. En général remarquables par leur mise en place et la perfection
vocale, beaucoup n’échappent pas à un académisme laissant quelque peu
insatisfait. Ils figurent en nombre dans cette compilation, relevons ceux qui
évitent un style trop compassé: Five Blind Boys of Mississippi, Five Blind
Boys of Alabama, Fairfield Four, Spirit of Memphis Quartet, Sunset Travelers,
Sensational Nightingales.
Arrivés plus tard, les groupes féminins se révèlent globalement beaucoup plus
attractifs, les chanteuses extériorisant leurs émotions et montrant un
enthousiasme, une spontanéité swing supérieurs à leurs collègues masculins :
Throw out the lifeline des Sallie Martin Singers, Surely God
is able des Clara Ward Singers, He’s calling me des Original Gospel Harmonettes,
by and by des Davis Sisters
sonnent remarquablement et Where can I go des Roberta Martin Singers,
Touch me Lord Jesus des Angelic Gospel Singers, Let
us run des Caravans,
plus encore. Évidemment, parmi les chanteurs de ces formations, certains se
distinguaient et s’imposaient par un talent exceptionnel, ce qui leur donna
l’opportunité de se produire en vedettes. Ainsi, deux géniales solistes vont
atteindre la renommée mondiale: Sister Rosetta Tharpe, ici dans Teach me to
be right en compagnie du trio Sammy
Price, et Mahalia Jackson dans Prayer changes things avec Mildred
Falls au piano plus orgue et guitare, Les autres pâlissent quelque peu dans ce
voisinage: citons cependant les excellentes Marie Knight, Edna Gallmon Cooke et
Sister Jessie Mae Renfro, toutes trois accompagnées par une rythmique avec
appui d’un groupe masculin pour les deux dernières. Chez les hommes on
retiendra surtout le Professor Alex Bradford dans Lord Lord Lord. Lorsque l’occasion se présentait, l’interprétation
en duo allait de soi, le sommet étant atteint par Rosetta Tharpe et Marie
Knight qui multiplièrent les enregistrements de grande classe, tel ici Didn’t
it rain. Two Gospels Keys et les
duos mixtes Consoler et Brother
Joe May-Sister Wynona Carr ne soutiennent guère la comparaison.
Voilà une agréable
visite au royaume du gospel et à ses multiples et fervents acteurs.
André Vasset