Catégorie : Nouveauté
Chronique publiée dans le Bulletin du Hot Club de
France N° 584, page 17
LAURENT MIGNARD
DUKE ORCHESTRA – “DUKE ELLINGTON IS ALIVE”
Juste Une Trace - www.myspace.com/dukeorchestra
Ko-Ko,
Harlem airshaft, Black and tan Fantasy, Kinda dukish/(Rockin’ in rhythm,
Sophisticated lady, Madness in great s, Half the fun, Diminuendo and crescendo
in blue, Isfahan, The eighth veil, It don’t mean a thing, Ad lib on Nippon,
Take the “A” train
Laurent Mignard a réuni une formation de choix (‘a dream team', dit
Claude Carrière) pour illustrer thèmes et arrangements d’Ellington, mais il a dû
glisser sa plume, ou peut-être François Biensan, entre les deux plumes
historiques... Le résultat est un orchestre duit de main de maître et qui sonne
comme si tous ses membres jouaient ensemble depuis des années. Il convient
d’ailleurs de les nommer car tous ne nous sont pas familiers. Anches : Didier
Desbois (as et cl), Aurélie Tropez (as et cl), Nicolas Montier (ts), Christophe
Allemand (ts, cl), Philippe Chagne (bs, cl); trompettes: Franck Delpeut, Franck
Guicherd, François Biensan, Richard Blanchet; trombones: Jean-Louis Damant, Guy
Figlionlos, Guy ion (tbb); Philippe Milanta est au piano, Bruno Rousselet à la
contrebasse, Julie Saury à la batterie; Patrick Bacqueville assure les vocaux
de l’antépénultième titre et du dernier.
Il est des formes de subtile création qui ne font pas nécessairement
soupirer après les grands anciens et il faut avoir une phalange de haute
qualité pour se lancer dans une telle aventure qui soit pas une simple
reproduction. Nous en sommes là avec ce disque : un orchestre parfaitement
soudé, d’une belle énergie, souple et swingant, au sein de l’univers
ellingtonien, des DS de qualité qui ne cherchent pas forcément à coller
au plus près des solos historiques tout gardant leur saveur primordiale (Isfahan,
Sophisticated lady) et, globalement, beaucoup liant et d’aisance dans le jeu
collectif (Madness in great ones). On sent que les musiciens sont plu à
jouer pour cet enregistrement, bénéficiant en outre d’une excellente stéréo,
qui vient de deux concerts à Versailles et Maisons-Laffitte en janvier 2009.
Parmi les prestations individuelles, j’ai retenu les interventions
particulièrement prenantes de François Biensan dans Harlem airshaft et Black and
Tan Fantasy; les solos de la fine musicienne qu’est Aurélie Tropez dans Harlem
airshaft et Ad lib on Nippon; le trombone ) expressif de Guy Figlionlos
; la belle sonorité du baryton de Philippe Chagne et son élégance style dans
Sophisticated lady ; le solo d’une grande expressivité de Nicolas Montier
dans la partie en tempo nonchalant de “A” train suivi d’un déboulé « à
fond la caisse » sur tempo quant à la section rythmique, elle est digne
d’éloges: à côté de Bruno Rousselet, partout du long, Julie Saury fait preuve
d’un drive étonnant derrière ses tambours, dans un style à mi-chemin de Sam
Woodyard et de Herlin Riley. Philippe Milanta, dont je me demande, virtuose du
clavier, expert en arcs-en-ciel pianistiques, qui déconcerte certains amateurs
par son jeu foisonnant. Vous l’entendrez ici « dans ses œuvres », toujours
surprenant, sachant capter l’esprit d’une interprétation, démarrant parfois en
plein swing..., bref du Milanta, quoi (Kinda dukish et les deux derniers
morceaux).
Même si vous avez des
dizaines de disques du Duke, il faut que vous écoutiez ce CD : ce n’est pas de
la musique sage, c’est de la musique vivante, du bon jazz infiniment plus
moderne que ce que l’on nous sert habituellement sous ce vocable en
trompe-l’oreille. Pas de points faibles, à mon sens. Certains amateurs
n’aimeront peut-être pas Ad lib on Nippon avec ses quatre épisodes
contrastés (caractère et tempo), mais dans l’ensemble Laurent Mignard a réussi
ce coup de chapeau au Duke avec une belle élégance.
Daniel Janissier