CD du MOIS - Catégorie NOUVEAUTE - Bulletin du HCF N°527 - 11/03 Page 13.

 

 

 

 

LOUIS MAZETIER, "THE PIANO STARTS TALKING" (Jazz Connaisseur JCCD 0243-2, distribution Jazztrade):

Keep your temper, Warm valley, Just before daybreak, Morning air, Feeling lonesome, F minor stride, Sweet smile, Reflections in D, Mister Joe, Pinetop's boogie woogie, Music on my mind, I ain't got nobody, Nothin', Memories of you, Sweet patootie blues, Erroll's bounce.

 

Louis Mazetier est seul au piano tout au long de cet album enregistré le 2 décembre 2002 à Alte Kirche Boswil, Suisse.

Au gré des thèmes choisis défilent quelques grandes figures du piano que Louis évoque sans se livrer à une imitation, en gardant sa personnalité, mais, inévitablement, le thème reflète la personnalité de l'artiste qui l'a composé ou qui se l'est approprié.

 

Pour débuter, Keep the temper de Willie The Lion Smith est exécuté avec une puissance étourdissante, il est vrai que Louis Mazetier s'inspire de la manière dont Donald Lambert traitait ce morceau qu'il avait adopté. En revanche, on retrouve la grâce et la fraîcheur du Lion dans Morning air et dans Music on my mind, au climat plus méditatif.

Just before daybreak, de James P. Johnson ne manque pas d'élégance en mêlant calme et vigueur. Nothin' de Luckey Roberts, autre maître du stride, est étourdissant de virtuosité et d'humour.

 

Deux plages, Warm valley et Reflections in D, recueillies et pleines de sensibilité, fournissent l'occasion à notre pianiste de saluer Duke Ellington. La musique directe, chantante et colorée de Jelly Roll Morton, dans Mister Joe, se déroule dans l'allégresse. Memories of you de Eubie Blake est développé avec logique et délicatesse, de manière plus inattendue et tout aussi plaisante, Louis rend visite à Erroll Garner dans une vigoureuse version de Erroll's bounce.

Il nous rappelle aussi qu'il se trouve parfaitement à l'aise dans le boogie en reprenant le fameux Pinetop's boogie woogie qu'il découpe avec punch et finesse. Autre clin d'œil vers les spécialistes du blues, Sweet patootie blues,

jadis traité par Albert Ammons, est une version d'un accent fort attachant.

 

Le souvenir de François Rilhac reste dans la mémoire des amateurs et plus encore au cœur de Louis Mazetier

qui joue là avec émotion son fringant F minor stride. Par ailleurs il utilise I ain't got nobody, superbement commenté, avec nonchalance, et parcourue par un frisson Fats Waller, un des sommets du recueil.

Tout comme sa composition Feeling lonesome, un blues lent s'étendant sur 6 minutes 30, d'une atmosphère prenante où alternent passages laconiques et volubiles. Son autre composition Sweet smile sonne aussi magnifiquement avec feeling et sensibilité.

                                                                                                                 A.V.