Bulletin du hcf - Janvier/Février 2004  - Page 10

 

Disque du Mois.

 

 

JOHNNY HODGES, "VOL.2 1943-1952" (Jazz Archives 160492, distribution EPM) : Things ain't what they used to be, In the shade of the old apple tree, Esquire swank, The mood to be wooed, Subtle slough, Rock-a-bye river, Longhorn blues, Good Queen Bess, The jeep is jumping, A pound of blues, Wham, Who's excited, Standing room only, Duke's blues, Tea for two, What I'm gotchere, Hodge-podge, Jappa, Through for the night, The Sheik of Araby, Latino.

 

Comment l'amateur de jazz bien né pourrait-il ne pas ressentir une tendresse particulière pour Johnny Hodges, pour sa musique d'une aisance et d'une sérénité suprêmes, subtilement  dansante, à la sonorité limpide et chaleureuse, aux inflexions radieuses, etc. ?

Voici une impeccable sélection qui met en évidence son génie paisible. Les six premières interprétations, au nom de Duke Ellington, ne sont pas les versions les plus connues, trois proviennent du catalogue V-Disc, les trois autres de programmes AFRS. Dans Things ain't what they used to be, après l'exposé, Hodges surgit aérien, magique suivi par deux autres solistes Harold Baker et Lawrence Brown. Les ensembles paresseux de In the shade of the old apple tree, avec répliques de Rex Stewart, sont prolongés par les solos de Tricky Sam Nanton puis de Johnny Hodges, d'une élégance désinvolte. Dans Esquire swank, toujours étincelant, il partage la vedette avec un bouillonnant Cat Anderson, tout comme dans Rock-a-bye river, alias Hop skip and jump.

Hodges brille tout au long de The mood to be wooed, lyrique, charmeur, plein d'envolée alors que dans Subtle song, alias Just squeeze me, il déroule avec éloquence des phrases sinueuses. Longhorn blues a été enregistré avec un petit groupe d'Ellingtoniens, l'alto sonne de façon un peu grandiloquente mais néanmoins magistrale.

Le reste de l'album réunit des interprétations du fameux petit orchestre que Johnny Hodges dirigea de 1951 à 1955. Le plus souvent il utilise ses propres thèmes qui reflètent bien sa personnalité. Bâtis sur des phrases simples ou des riffs, ils appellent le swing avec une efficacité définitive.

Contrairement à ce qu'un auditeur distrait pourrait penser, Johnny Hodges, tout en possédant un style inébranlablement personnel, s'exprime de multiples manières. Dans cette série on le rencontre tour à tour jubilant (Good Queen Bess, Latino), exubérant (The jeep is jumping),

bondissant (A pound of blues, Hodge-podge), ardent (Wham), lumineux (Who's excited), volubile (Standing room only), majestueux, somptueux (Duke's blues, What I'm gotchere), mobile et léger (Tea for two), recueilli (Jappa), persuasif (Through for the night), éclatant (The Sheik of Araby).

Le trompette Emmett Berry, toujours présent à son côté, apparaît fréquemment en solo avec un punch et un swing exemplaires.

On entend aussi souvent le trombone de Lawrence Brown et un peu le ténor d'Al Sears, remplacé par Ben Webster en vue dans les cinq dernières plages. Le livret, très détaillé, donne tous les renseignements souhaitables sur cette sélection bien venue concoctée par Jacques Morgantini.   A. V.