DUKE ELLINGTON & JOHNNY HODGES, "BACK TO BACK" (Verve 521 404-2, distribution Universal):
Wabash blues, Basin Street blues, Beale Street blues, Weary blues,
Saint Louis blues, Loveless love, Royal Garden blues.
Ces interprétations furent enregistrées le 20 février 1959, sauf Wabash blues et Weary blues qui datent du 26 février. Duke Ellington et Johnny Hodges se trouvent en compagnie de Harry "Sweets" Edison (tp), Les Spann (g), Jo Jones (d) et Sam Jones (b) remplacé par Al Hall lors de la seconde séance. Ce CD reprend in extenso le contenu d'un LP Barclay-Verve de titre identique. Sa durée réduite (47 minutes) aurait dû inciter à ajouter les trois autres morceaux enregistrés le 26 février.
Dans Wabash blues, Johnny Hodges et Harry Edison alternent sur le couplet puis Hodges expose le thème, on reste ébloui par cette sonorité dorée, ce style bondissant, magistral, d'une aisance absolue. Sweets s'exprime excellemment avec un son épais, enchaînant bien ses phrases sauf vers la fin de son second chorus, ensuite Duke, laconique et captivant, et Hodges, éclatant, prennent un chorus chacun.
Basin Street blues est exposé (et conclu) à deux voix trompette-alto, après le solo anodin de guitare, ceux d'alto (surtout), piano et trompette sonnent joliment. On retrouve cette agréable conjugaison trompette-alto dans Beale Street blues, le solo d'Harry Edison est inégal, semblant parfois à court d'idées il souffle alors des notes isolées comme on pousse des soupirs, heureusement arrive Hodges qui aligne des phrases swinguées avec une intensité incroyable. Il est génial de simplicité efficace.
Pris en tempo très lent, paresseux, Weary blues débute par un long solo de piano, pur Duke et pur blues, trompette et alto joignent encore leurs voix de belle façon, Sweets entame un solo plaisant mais manque d'inspiration vers la fin. Inébranlable, Johnny Hodges est de nouveau magistral. Il demeure imperturbable dans The Saint Louis blues pendant qu'Harry Edison le gratifie d'interventions douteuses. Le solo de trompette démarre péniblement, se reprend mais se conclut mal. Un Duke désinvolte et un Hodges égal à lui-même assurent la réussite.
De même, Loveless love fait entendre un alto vibrant, insufflant une vitalité exceptionnelle à chaque note, et un piano intrigant et ironique. Sweets est là encore en déficit d'idées et Les Spann inoffensif. La dernière plage, Royal Garden blues, débute et se termine par des passages d'alto et trompette côte à côte. Répétons-nous en disant que les trois chorus de Johnny Hodges pétillent de swing, que la partie de piano de Duke Ellington est palpitante et qu'Harry Edison se tire d'affaire honorablement.
A.V.
nb: Dans sa presentation vinyl, cet enregistrement a ete chroniqué par Hugues Panassié dans le numero 104 du bulletin du Hot club de France pages 19 et 20.