Retour SOMMAIRE D V D Adhérer à un hot-club / S'abonner au bulletin du HCF GEORGE BENSON, « ABSOLUTELY LIVE» (Eagle Vision ERV

 

GEORGE BENSON « ABSOLUTELY LIVE» (Eagle Vision ERV 646-9, distribution Sony Music) :

All of me, I only have eyes for you, Beyond the sea, Deeper than you think, Hipping the hop, Lately, The ghetto, In your eyes, Moody’s mood, Danny boy, This masquerade, Breezin’, Love X love, Turn your love around, Never give up on a good thing, Give me the night, On Broadway.


L'analyse de ce DVD a été publiée dans le Bulletin du HCF N° 506, page 23 du mois d' Octobre 2001

 

 

 

 

Des disques vidéo à la qualité d’image et de son incroyables sont apparus récemment en France. La commande numérique permet de sélectionner les morceaux que l’on souhaite entendre. Il est égale­ment possible d’effectuer des gros plans sur un chanteur ou un musicien. Ce concert a réellement été enregistré en public à Belfast en 2000.

Les trois premiers titres figurent parmi les plus intéressants dans la mesure où Benson est accompagné par un big band celui de la BBC qui certes ne vaut pas le Count Basie Orchestra de la grande époque, ni celui de Claude Bolling, mais possède un son d’ensemble « jazz» avec une rythmique « jazz ».

All of me est chanté de façon remarquable par George Benson qui rappelle un peu le Louis Armstrong jeune, avec une voix éclatante, dans le premier chorus. II part ensuite dans une improvisation scat dans un style exubérant à la façon d’un saxophoniste, bien soutenu par des riffs orchestraux. Il reprend le thème vers la fin en chantant de nouveau le texte, en brodant sur la mélodie avec aisance, convic­tion et swing, galvanisant l’orchestre. Benson est vraiment un grand chanteur.

I only have eyes for you est moins réussi dans la mesure où Benson chante ici de façon douce à la Nat King Cole et effectue peu de variations par rapport à la mélodie. L’arrangement est basé sur la version du disque « Big Boss Band » (Bulletin 391). Cette interpréta­tion est néanmoins fort plaisante et plus swinguée que la version studio.

Beyond the sea (La Mer de Charles Trénet) est splendide. Dès les premières mesures, le bon tempo est établi. Benson chante ce thème tantôt de façon suave un peu à la Nat King Cole, tantôt de façon éclatante et exubérante. Il emprunte à Ray Charles certains effets (growl prononcé). Vers la fin, il nous gratifie d’un passage en scat en répé­tant la même note à la guitare. une gradation s’installe dans le swing et l’interprétation se termine sur une note humoristique. Son jeu de scène est excellent. L’arrangement est basé sur la version du disque « 20/20» (Bulletin 339).

 

Les quatre morceaux suivants mettent surtout en valeur le guitariste. Ces thèmes récents ont été enregistrés en studio et figurent sur le CD « Absolute Benson » (Bulletin 496). Il est accompagné par son propre groupe auquel s’est joint le pianiste Joe Sample. Deeper than you think, Hipping the hop et Lately sont purement instrumen­taux et sonnent plus «jazz» et moins « Caraïbes » que dans la version studio pour différentes raisons : jeu de batterie plus subtil, synthé plus discret et surtout contexte beaucoup plus favorable à l’improvisation. Benson agrémente ses solos de phrases volubiles, de riffs comme dans Deeper, de passages en octaves. Le pianiste Joe Sample prend lui aussi de bons solos. Hipping the hop est plaisant. Ce thème est le plus jazz des trois. Lately est émouvant. La partie de guitare de Benson impressionnante de feeling et de virtuosité. Il est véritablement envoûté par la beauté de la mélodie et par ses propres variations. Benson termine chaque morceau en se retournant vers le pianiste, lui adressant un regard qui fait beaucoup penser à Henri Salvador.

The ghetto est par contre d’inspiration Caraïbes, même si la qualité du chant souvent en scat, le jeu de guitare et le solo de piano électrique rendent l’interprétation musicalement fort jolie. Pour le reste du concert, Benson est accompagné par son groupe et l’orchestre d’Ulster, un groupe symphonique. David Witham remplace Joe Sample au piano.

Si In your eyes est chanté de façon sentimentale avec accompa­gnement de cordes, Moody’s mood est fort réussi. Benson le chante au début de façon tendre, mais sans mièvrerie, découpant fort bien ses phrases. L’accompagnement est bon. Suite au bon solo de piano de David Witharn, sa reprise chantée est pleine de dynamisme. Il se livre alors à des passages scat a cappella et des clins d’œil à Louis Armstrong, Ella Fitzgerald notamment. Sa technique vocale lui permet toutes sortes d’imitations et de traits d’humour. Fameux !

Le chanteur cède la place ensuite au guitariste qui interprète seul Danny Boy. Il imite pour commencer les guitaristes irlandais, puis joue le thème dans son style. Cela fait penser à son célèbre Tenderly (Bulletin 374). Dommage que la prise de son soit ici moins bonne. On perçoit dans ses variations les influences combinées de Django, Tatum et Montgomery.

This Masquerade est une interprétation longue durée où il montre l’étendue de son talent : chant avec alternances de passages suaves et vibrants, chant scat acrobatique doublé par la guitare, passages de guitare volubiles ou saignants. Comme dans Moody’s mood, David Witham y prend un solo de piano fort apprécié par le public.

En dépit d’un accompagnement mi-rock, mi-exotique, Breezin’ est un bon solo de guitare où Benson prend des chorus très inspirés déployant virtuosité, musicalité et swing.

Les morceaux suivants ne sont guère satisfaisants pour l’amateur de jazz. Benson chante ici ses succès commerciaux « funk/variété ». 11 nous montre ses talents de danseur et de showman que je ne connaissais pas. Les femmes se mettent à danser, il y en a même une qui monte sur la scène, c’est assez amusant à regarder. Les thèmes sont assez ternes, l’accompagnement au goût du jour, l’orchestre symphonique reprend les arrangements des versions studio.

Ceci dit, Benson chante bien (il ne peut mal chanter) en particu­lier vers la fin de Turn your love around. Il y a un bon passage de guitare pour terminer Love X Love. Vers la fin du célèbre Give me the night, il utilise à la guitare des effets de distorsion un peu comme Albert King ou Melvin Taylor. C’est assez surprenant de sa part ! Never give up on a good thing, par contre, fait rengaine. Le concert se termine mieux avec On Broadway en dépit de passages en salsa.

Il y a tellement de bons moments que je ne saurais vous recom­mander d’acquérir ce DVD, des titres comme All of me, Beyond the sea, Lately, Moody’ mood, Danny boy ou This Masquerade vous lais­seront pantois.

                                                                                                                                                                                                            Raphaël Aubin

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