Bulletin du hcf – N°433 – février 1995 – page 25.
BEN WEBSTER & BUCK CLAYTON, " BEN & BUCK " (Sackville SKCD2-2037) : The Huckebuck, Satin doll, Perdido, My romance. In a mellotone, That’s all, Topsy, l want a little girl, C jam blues, Sunday.
Ces interprétations ont été enregistrées au cours d'un concert donné à Baden, Suisse, le 3 juin 1967 par Buck Clayton et Ben Webster en compagnie du quartette du pianiste Henri Chaix, avec Alain Du Bois à la guitare, Isla Eckinger à la contrebasse et Romano Cavicchiolo. Entre parenthèses, on admirera la stabilité de l'entourage d'Henri Chaix, inchangé aujourd'hui. Cette rythmique assure une pulsation impérieuse, d'une souplesse étonnante, tout au long du disque, ce qui permet aux deux vedettes d'évoluer en toute sérénité.
Dès les premières mesures de The Hucklebuck vous plongez dans le swing le plus irrésistible. La trompette de Buck, à la sonorié riche et vibrante, débute sur un ton confidentiel et s'anime, devient exubérante et tranchante. Ben lui succède, son ténor sonnant de façon quelque peu caverneuse, d'abord paisible, prenant son temps, il gagne progressivement en violence. Après une belle intervention d'Henri Chaix, les deux souffleurs reprennent le thème pour conclure. On admire leur jeu chaleureux, sensible et lyrique dans Satin doll.
Pendant l'exposé du thème de Perdido Ben Webster fournit un contre-chant bien venu à Buck qui ensuite déploie un jeu mobile qui transmet son excitation au drummer. Le ténor amorce son discours de façon très laconique et le poursuit avec volubilité. Les trois titres suivants se déroulent sans Buck. My Romance est une ballade exécutée avec velouté et tendresse ; That’s all, joué par Ben d'un bout à l'autre, impressionne par son recueillement et In a mellotone bouillonne à mesure de son développement.
Buck revient et Ben abandonne la scène pour les deux titres suivants : Topsy, qui sera le sommet du disque, pris sur un bon tempo moyen et l want a little girl, en tempo lent. Dans les deux morceaux Buck joue d'abord avec sourdine, plein d'élégance, de délicatesse (et de puissance !), de sûreté (et d'humour !), puis Henri Chaix intervient avec bonheur et Buck reparaît, jouant ouvert avec une éloquence impressionnante. Le groupe se retrouve au complet dans les remarquables C jam blues, avec Buck particulièrement détendu et Ben évoluant du doux au méchant, et Sunday, allègrement enlevé, où le jeu incisif de Buck fait merveille et où Henri Chaix prend quatre chorus swinguant de plus en plus.
Un disque superbe ! A.V.