Bulletin du hcf – N°434 – mars 1995 – page 9
ART TATUM, " CALIFORNIA MELODIES " (Memphis Archives MA 7007) : Begin the béguine, Caravan, Ail the things you are, Cet happy. The Shout, Tea for two, Wrap your troubles in dreams, Elegie, If l had you, l got rhythm, Sweet Lorraine, Memories of you, lt had to be you, This can't be love, Have you met Miss Jones, Dark eyes, l thought about you, Too marvelous for words, Stompin' at the Savoy, I’ll never be the same, Where or when, Humoresque, Body and soul, l cried for you.
Le début de l'année 1995 est riche en découvertes de la plus grande importance. Une grotte préhistorique ornée de magnifiques fresques rupestres est trouvée en Ardèche. Dans le même temps 24 solos inédits (non répertoriés dans la discographie Laubich et Spencer) d'Art Tatum viennent d'être exhumés et publiés en CD. Si cet événement ne secoue peut-être pas le monde paléontologique, il constitue un choc dans celui des amateurs de piano-jazz. Tatum y joue en solo pour une station de radio californienne en 1940 et y improvise, comme d'habitude, de façon époustouflante.
Encore mieux il joue certains morceaux qu'il n'a jamais enregistrés en solo (l cried for you, l thought about you, l got rhythm, Dark eyes) ou qu'il n'enregistra en solo qu'à la fin de sa vie (Caravan, All the things you are, have you met Miss Jones, Stompin' at the Savoy, If l had you). Il n'est pas tout à fait exact de dire que tous ces enregistrements sont inconnus. En réalité, grâce à mon ami Aaron Bridgers, grand pianiste et éminent " Tatumologue ", je connaissais déjà l got rhythm, This can't be love (où interviennent un orchestre de studio et une chanteuse). If l had you et Elegie (dans ce morceau — incroyable mais vrai — Tatum se trompe, mais Tatum après lui avoir fait écouter son acétate : " Ne me parle plus jamais de ce truc ".) respectivement répertoriés oui ! Aaron Bridgers s'était vertement entendu répondre par T 7030, T 8921, T 8940 et T 8941 dans le Laubich-Spencer.
A côté des spécialités habituelles de son répertoire où l'arrangement ne varie guère à chaque version on trouve des morceaux plus surprenants (The Shout, une de ses rares compositions) ou traités de façon inhabituelle (curieuse excursion atonale dans Where or when). Tatum joue de manière très libre et détendue, avec une fougue et un swing incroyables dans les tempos médium et rapides (stride implacable dans The Shout, main gauche fabuleuse dans Stompin' at thé Savoy, arrangement délirant du début de l got rhythm, swing forcené de la fin de If l had you, etc.). Enfin, la qualité technique de ces enregistrements est excellente, nous restituant particulièrement bien le magnifique SON tatumien.
Le temps passe et des trésors inconnus surgissent parfois du passé sans crier gare, nous laissant espérer de nouvelles découvertes futures. Cette longue série d'inédits de Tatum est une de ces merveilles inattendues et inestimables.
Louis Mazetier