Bulletin du hcf – N°411 – février 1993 – page 13.
CLAUDE BOLLING - STEPHANE GRAPPELLI, "FIRST CLASS" (Frémeaux & Associés FA 451 - existe en DVD sous référence FA 4002) : Stéphane, De partout et d'ailleurs, Minor swing, Tears, Just one of those things, Blue skies, Cute, Do you know what it means to miss New Orléans, Crazy rhythm, Lush life, Moonglow, Nice work if you can get it, Moon mist, Lady be good.
A 84 ans, Stéphane Grappelli est toujours un des plus grands jazzmen en activité, toutes catégories confondues : sa technique, son inspiration, son swing, son humour musical sont toujours au sommet ! Et il est si profondément habité par la musique qu'il se trouve à l'aise aussi bien avec le piano de McCoy Tyner qu'avec le banjo et le tuba du " Five o'clock ".
Mais il est vrai qu'on préfère l'entendre dans un contexte aussi purement jazz que possible : et quel orchestre pouvait aussi bien lui convenir que celui de Claude Bolling ? De fait cet assemblage a donné des résultats étonnants : ce n'est pas une juxtaposition de vedettes, Grappelli venant prendre quelques solos dans un disque de Bolling -il y a eu coopération, intégration, mariage pour tout dire. Tantôt il expose le thème avec l'orchestre, tantôt il improvise accompagné par la section rythmique, seule, ou sur un fond arrangé, tantôt il brode par-dessus l'orchestre comme une clarinette pourrait le faire, tantôt il dialogue avec un soliste du groupe. " Première classe. Messieurs ", c'est ce qu'il s'est écrié à la fin de l'enregistrement de Blue skies spontanément (on le voit sur la vidéo).
Tous les arrangements sont originaux, la plupart des morceaux ne font d'ailleurs pas partie du répertoire habituel de l'orchestre et on trouve deux compositions nouvelles : Stéphane et De partout et d'ailleurs. Stéphane a l'art d'exposer les thèmes en faisant bien ressortir leur caractère, tout en leur imprimant sa personnalité par de petites modifications aussi imprévues que judicieuses : quant à ses improvisations, elles fusent avec la plus grande facilité, l'aisance, l'audace, l'agilité de ce violon ne cessent de nous ravir.
Outre Claude lui-même au piano, d'autres bons solistes de l'orchestre apparaissent : Cari Schlosser, André Paquinet, Jean Etève, Pierre Schirrer, Philippe Portejoie, Michel Delakian, Claude Tissendier. Le texte de pochette donne toutes indications utiles à ce sujet. Particulièrement réussi est Minor swing, magistralement adapté par Bolling : les deux chorus de Django ont été orchestrés pour les trois sections, saxos, trompettes et trombones; et vous ne savez plus si vous entendez du Reinhardt, du Bolling, ou encore un 3" génie, d'autant plus qu'un passage typiquement ellingtonien apparaît vers la fin. Cute n'est pas comme d'habitude consacré à une exhibition de batterie, mais donne lieu à un dialogue violon-flûte très bien venu, les sonorités des deux instruments s'alliant agréablement. Des morceaux en tempo lent, le meilleur est De partout et d'ailleurs, Lush life et Moon mist, très recherchés en orchestration, nous ont moins plu. Très bonne qualité de l'enregistrement. Un disque de première classe.