Bulletin du hcf : N°475 – Octobre 1998 – page 24
MICHEL BOSS QUERAUD, " ONCE UPON A TIME ", (HCR 03 – Production Hot club de Rouen) : Lord Lord you sure be good to me, Girl of my dreams (Tommy Sancton septet), Beale Street blues (Philippe Milanta quintet), Dooji wooji (Trumpet Spectacular), You're driving me crazy, Blues for Laurence, l would do anything for you, Always (Swing Brothers), Once upon a time (Swing Feeling).
Voilà le premier disque édité sous le nom de Boss Quéraud : il était temps ! Car c'est un de nos meilleurs jazzmen, qui a joué avec nombre de formations, régulières ou éphémères, toujours apprécié tant de ses collègues que de ses auditeurs. Mais, il est souvent trop effacé.
Or, il mérite d'être mis au premier plan, car quand il est en forme et en bonne compagnie (comme c'est le cas ici) il se présente à l'égal des plus grands trompettistes toutes catégories confondues. Dans son interview du Bulletin 373, il déclarait : " Nous avons chacun notre personnalité et si nous avons subi davantage l'influence de tel ou tel grand musicien, nous ne négligeons pas pour autant tout ce que d'autres peuvent nous apporter. En fait, chacun suit sa pente naturelle et construit son propre jeu à partir de références qui peuvent varier ". C'est bien ce que l'on constate chez lui et au plus haut degré. On sait que Red Allen ou Bunny Berigan comptent parmi ses favoris, mais ses solos ne sont jamais une collection de phrases prises chez l'un ou l'autre.C’est du Boss premier cru.
Deux interprétations retiennent particulièrement l'attention : You're driving me crazy et Once upon a time, où Boss se promène dans les hauteurs avec une totale aisance, emboîtant les phrases les plus audacieuses, sans répétition ni cliché d'aucune sorte, dans une impeccable logique ; et quelle belle sonorité, pleine, ronde, d'une extrême sensibilité ! Un autre qui se fait remarquer dans You're driving me crazy, c'est Patrick Bacqueville dont les trois chorus de trombone sont aussi du pur jazz de grande classe.
Mais commençons par le commencement : il s'agit d'extraits de concerts, du Hot Club de Rouen, de ces dernières années. Les deux premiers titres sont par une formation de type New Orléans tendance Revival, dirigée par le clarinettiste Tommy Sancton disciple de George Lewis. La formation comprend Stéphane Roger à la batterie, qui accompagne par de sobres roulements à la caisse claire, Enzo Mucci au banjo, Yves Buffetrille à la basse, Freddy Legendre qui tient ici le trombone avec une vigueur très Kid Ory. Boss mène fort bien les improvisations collectives, et joue bouché avec beaucoup de cœur dans Girl of my dreams. Ces interprétations sont les plus récentes (concert du 23 mars 1998).
Beale Street blues (12 décembre 1994) avec le trio Milanta commence en douceur par l'exposé du thème à la trompette bouchée, puis bon solo de Patrick Bacqueville, solo très concis de Philippe Milanta et Boss finit en beauté montant en puissance et en flamme ; à la batterie Michel Denis, à la basse (épatant) Bruno Rousselet.
Dooji wooji : ce sont les quatre souffleurs de " Trumpet Spectacular " (7 octobre 1995) . Sur ce blues semi-lent au rythme shuffle, chacun intervient dans cet ordre : Irakli, Peter Ecklund, Alain Bouchet, Boss Quéraud. La tension monte de plus en plus, et c'est notre trompettiste qui emporte la palme. La section rythmique comprenait Michel Denis, Daniel Amelot (b), Pierre Calligaris (p).
Les quatre morceaux suivants (30 septembre 1996) sont par les " Swing Brothers ", une formation quelque peu éphémère qui bénéficia du superbe drumming de Georges Bernasconi . Quelle souplesse, quelle finesse, quel swing chez ce grand batteur qui nous disait : " c'est Milton Buckner qui m'a formé. D'un instrument qui paraît destiné à faire du bruit, il m'a appris à en faire de la musique " : c'est exactement ça ! II propulse l'orchestre avec un dynamisme parfaitement maîtrisé qui met tout le monde à l'aise. Il faut voir, ou plutôt entendre, comme il fait sonner ses cymbales, notamment dans You're driving me crazy et I would do anything for you où il est particulièrement bien enregistré. Outre Boss, au sommet de son inspiration, les solistes sont Jean-Loup Muller au piano, Patrick Bacqueville au trombone (You're driving me crazy, I would do anything for you), Christophe Davot à la guitare (You're driving me crazy), Jacques Montebruno à l'alto (I would do, Always).
On termine en apothéose avec un magnifique Once upon a time (10 octobre 1944, Swing Feeling), sur lequel plane l'ombre de Louis Armstrong. C'est peut-être beaucoup s'avancer ,mais je ne pense pas que Benny Carter ait fait mieux, le 10 octobre 1933, dans son interprétation de ce morceau avec les Chocolate Dandies... Ce morceau offre également un bon solo de ténor de Philippe Audibert.
J.P.