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Bulletin du hcf : N°475 – Octobre 1998 – page 23

TUXEDO BIG BAND, " TO ELLA AND CHICK " (TBB 1073, distribution Night & Day) : Liza, Just a simple melody, You showed me the way, Harlem Congo, Rock it for me, l got it bad, Undecided, Clap hands ! hère come Charley, l ain't got nobody, Go Harlem, 'Tain't what you do, A-tisket, a-tasket, l want to be happy, Azure, Strictly jive, Big John spécial.

La formation du Tuxedo Big Band, dont la stabilité assure la qualité, est identique à celle du précédent CD . Seul changement, Pierre-Luc Puig a remplacé Serge Oustiakine à la contrebasse il y a deux ans. Après avoir ressuscité l'orchestre Jimmie Lunceford, le Tuxedo fait revivre le monde sonore de Chick Webb et il nous émerveille à nouveau. Le jazz pourrait devenir ainsi une " musique de répertoire " écrit André Clergeat dans le livret du CD. Irakli ne dit-il pas qu'il interprète Louis Armstrong comme on joue du Mozart ?

Les arrangements immortalisés par Chick Webb et que reprend le Tuxedo sont conservés mais on est loin d'une reproduction robotisée. Quant aux solistes, ils se gardent d'abandonner leur personnalité, tout en respectant l'esprit des musiciens de Chick Webb.C’est ce que réussit Jean-François Duprat dans son solo de trombone de 'Tain't what you do , quand on le compare à celui de Sandy Williams. Paul Chéron, aussi à l'aise sur l'alto que sur la clarinette, possède une personnalité d'exception. Lui-même à la clarinette et Guy Robert à la flûte ont si bien restitué la couleur sonore de I ain't got nobody, joué en quintette, et l'enregistrement est d'une telle qualité, que le résultat est supérieur à la version de Chick Webb. Big John spécial, arrangement d'Horace Henderson, présente des différences dans l'ordre des solistes avec le disque que Chick Webb enregistra sur un tempo plus modéré.et il est plus captivant que celui de Fletcher en 1934. Dans Clap hands, il n'y a pas de solo de trombone mais on entend Sallent et Laudet à la trompette et c'est aussi magnifique.

On a rarement entendu une section rythmique si valeureuse, mieux enregistrée que celle de Chick Webb. Jean-Luc Guiraud en est la pièce maîtresse. L'élasticité de son jeu à la batterie, sa frappe claire et cinglante affirment un tempo d'une netteté implacable, et il assure fermement, mais sans rudesse, les breaks qui appuient les ensembles. Avec lui, Liza et Harlem Congo, les deux célèbres réussites où Chick Webb était le plus présent, parviennent à une plénitude inouïe. Il faudrait citer tous les solistes : ils sont indiqués dans le livret.

Une pierre précieuse est ajoutée à l'édifice de ce superbe orchestre : la chanteuse Mariannick Saint-Céran. Pour tenir le rôle d'Ella Fitzgerald dont elle a assimilé l'esprit sans chercher à en décalquer le timbre vocal elle est infaillible. On retrouve dans Just a simple melody la fraîcheur d'Ella en 1937, quand elle avait vingt ans. Très dynamique, son chant est ancré solidement sur le swing de l'orchestre dans 'Tain't what you do. Elle est émouvante dans l got it bad qu'Ella enregistra sans Chick Webb et elle déploie sa verve dans Rock it for me où la clarté de sa diction se conjugue à son aisance rythmique. Et elle possède une étonnante maîtrise du scat (Undecided). Mieux que d'autres chanteuses , bien en cour grâce à la publicité des médias, Mariannick Saint-Céran ravive le souvenir de la " First Lady of Jazz " à une grande époque de sa carrière.

Après les avoir enrichis, Paul Chéron nous restitue, avec la densité de swing caractérisant son orchestre, les trésors hérités de Chick Webb et d'Ella.