1 - CD du MOIS - Catégorie
REEDITION - Bulletin du HCF N°528 - 12/03 Page 15 (la chronique du cd du mois catégorie NOUVEAUTE se trouve à la suite )
LIL GREEN (Classics 5072)
LIL GREEN, "1940-1941" (Classics 5072,
distribution Mélodie) :
Cherry tree blues, Romance in the dark, Just
rockin', What have I done, Give your mama one smile, My mellow man, Knockin'
myself out, I won't sell my love, Why don't you do right, Love me, I'm going to
copyright your kisses, What's the matter with love, Country boy blues, How can
I go on, Hello babe, If I didn't love you, Let's be friends,
Because I love my daddy so, I'm going to start
a racket, You're just full of jive.
L'excellente chanteuse Lil Green connut une belle popularité auprès du public noir mais n'en tira guère profit car elle mourut jeune, à 34 ans.
Sa carrière discographie assez peu fournie s'étendit sur à peine une décennie et débuta le 9 mai 1940. Lil Green, âgée alors d'une vingtaine d'années, est magistralement accompagnée par un trio exceptionnel d'homogénéité, de feeling et de swing : Simeon Henry (piano),
Big Bill Broonzy (guitare) Ransom Knowling (contrebasse). Tous trois restent présents au cours des quatre séances Bluebird rassemblées sur cet album. Dès la première Lil Green connaît une réussite éclatante avec sa composition Romance in the dark (32 mesures avec pont),
deux millions de disques seront vendus. Elle chante et se met en scène avec une conviction irrésistible, sa voix haute, claire, ironique, swingue superbement. Ce morceau sera adopté par Dinah Washington, Billie Holiday, LaVern Baker, Esther Phillips, Linda Hopkins, etc.
Les trois autres interprétations sont des blues : Cherry tree blues, chanté nonchalamment d'un bout à l'autre avec au contre-chant alternance de la guitare et du piano ; Just rockin' et What have I done dans lesquels Simeon Henry et Big Bill prennent des chorus bien venus.
A la deuxième visite (21/1/1941) Lil Green chante de façon enjouée Give your mama one smile (32 mesures avec pont) bien appuyée par le piano de Simeon Henry, dans la lignée Earl Hines, qui intervient aussi en solo. La pulsation rythmique se montre généreuse dans toute la séance.
Les trois autres plages sont des blues bien détaillés d'une voix railleuse dans My mellow man ou faussement sérieuse dans Knockin' myself out et I won't sell my love (précédemment enregistré par Merline Johnson-Yas Yas Girl). Le piano prend un chorus dans chaque morceau et Big Bill dans My mellow man et I won't sell my love (dans ce dernier titre on entend également, chose rarissime, un chorus de contrebasse).
Le 23/4/1941, Lil Green et son trio enregistrent six faces, toujours remarquables, en débutant par un magnifique Why don't you do right, chanté sur un ton confidentiel et paresseux, avec magistral accompagnement du piano et de la guitare. Simeon Henry introduit tous les morceaux et assure d'excellents passages en solo dans What's the matter with love, How can I go on (deux 32 mesures avec pont) et I'm going to copyright your kisses. Epaulé par Ransom Knowling, Big Bill fournit constamment une pulsation idéale et il prend des chorus
marquants dans Love me et Country boy blues.
Les mêmes se retrouvent sur les six dernières plages produites à la séance de 23/7/1941. Nous restons dans la même veine, sur des tempos moyens aisés qui permettent à Lil Green de montrer, avec naturel, sa variété d'expression, son sens des nuances. Comme précédemment
Simeon Henry est très en évidence sur les deux thèmes de 32 mesures : If I didn't love you et Because I love my daddy so. Big Bill prend un chorus dans Hello babe, Let's be friends (qui connut un bon succès) et I'm going to start a racket en assurant par ailleurs on tempo impérial.
Une grande partie de ces interprétations figuraient sur un CD Blues Collection chroniqué dans le Bulletin 441.
A.V.
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- CD du MOIS - Catégorie NOUVEAUTE - Bulletin du HCF N°528- 12/03 Page 19 SWEET
MAMA (Djazz Records 730)
SWEET MAMA, "LIVE !" (Djaz Records 730-2, distribution DAM) :
I've got my fingers crossed, You don't have to go, Tiger rag, It ain't right,
Walking and crying, Durn tootin, Won't be long, Melancolia, Don't say that no
more, Too late, Big road, Strange things happening every day, Medley : Tzigani/Fisztorza/Fulgini.
Peut-être avez-vous eu l'occasion d'entendre en direct le quartette
Sweet Mama propulsé par cette diablesse de Catherine Girard, alias Cajoune ? Sinon,
quel dommage ! Aussi lorsque l'opportunité se présentera (il faut la provoquer)
ne manquez pas de vous précipiter à la rencontre de ces quatre musiciens. La
charmante Catherine est un phénomène qui, invariablement, provoque
l'enthousiasme de son public, elle ferait swinguer une assemblée de talibans
grabataires dépressifs. C'est dire qu'en concert elle se produit à son maximum
et que le présent album en direct-live permet de retrouver Sweet Mama dans tout
son éclat. Nos artistes sont détendus, volubiles, jubilants, euphoriques à
l'exemple de Cajoune déchaînée au chant, au washboard et sur différents
accessoires.
A ses côtés : Philippe Juhel, guitare et harmonica, Stéphane Barral,
contrebasse et Jean-Christophe Rouet, violon. Pour couronner le tout l'album (datant
des 30, 31 janvier et 1er février 2003) bénéficie d'une prise de son
remarquable, contrairement à ce qui arrive le plus
souvent avec les enregistrements
publics.
L'album débute avec I've got my fingers crossed qui ouvrait aussi le précédent CD de Sweet Mama, mais ici sa durée est doublée. Cajoune est immédiatement en action, le washboard puis le vocal swinguent et installent un climat d'allégresse irrésistible. Le violon prend la parole, calme d'abord puis exubérant, cependant que le washboard redouble de swing, l'harmonica s'emporte à son tour avec réplique du kazoo, la guitare émerge un instant puis le violon reparaît de plus en plus audacieux, l'euphorie a gagné les musiciens et le public. Et un scénario semblable se reproduit à chaque interprétation. Voilà d'authentiques Feetwarmers !
Dans You don't have to go la guitare installe un riff insistant, Cajoune chante avec nonchalance, l'harmonica intervient puis Jean-Christophe Rouet aligne des phrases folles dans l'esprit Stuff Smith, la température monte progressivement et enfièvre tout le monde…
Puis on recommence avec Tiger rag, un des morceaux de bravoure du groupe, stucieusement arrangé où les quatre complices swinguent de façon délirante.
Inutile de continuer. Résumons : Catherine Girard chante avec flamme, tour à tour avec nonchalance, fougue, humour, parfois soutenue par le chœur de ses partenaires (It ain't right, Won't be long, Strange things happening every day). Comme son vocal, son jeu de washboard dégage un swing contagieux (dans Too late, elle s'offre une petite imitation d'un train guilleret, puis qui s'essouffle et enfin se ragaillardit).
Philippe Juhel est un guitariste solide et inspiré, il se trouve particulièrement en évidence dans le superbe blues lent Walking and crying, qu'il interprète avec autorité et feeling, et dans Don't say that no more, où il délivre une passionnante partie de guitare slide. Par ailleurs, son jeu d'harmonica sonne de manière tout aussi estimable et efficace, il le montre dans Won't be long, Too late, Big road. Stéphane Barral assure un soutien impeccable à la contrebasse et Jean-Christophe Rouet confirme sa classe exceptionnelle de violoniste qui swingue avec une pertinence, un brio, un bouillonnement admirables. Toujours il s'exprime dans un style 100% jazz et avec à-propos tels son dialogue avec Cajoune dans Too late ou ses trois chorus pizzicato de Walking and crying. Son déchaînement en fin d'interprétation contribue énormément à enflammer le public (Strange things happening every day, entre autres). Son medley final, pour calmer l'ardeur de l'assistance, montre sa maîtrise et son lyrisme.
A.V.