(EOSP 4505 2,www.echoes.of.swing.de)
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 566 (Novembre-Décembre 2007) p.21/22
Conga
brava, Double talk, Royal garden blues, Lament for Javanette, Shirley steps
out, Crêpe muzette, June in january, Impromptu, Tunisian trail, The clown
Prince, Some other spring, Eggs and tried lies, Happy feet, l’ll get by,
Rehearsin’ for a nervous breakdown, Dancers in love, Deep in the shed.
Quel
disque épatant ! Et peu commun. Il y souffle la brise rafraîchissante de
“l’esprit Kirby”. Je dis bien : l’esprit, car le style est différent. Le jeu
allègre, primesautier, l’entrelacement des solos et des ensembles, la formation
réduite de quatre solistes qui “se renvoient la balle” et discourent avec
verve, des arrangements séduisants, alertes, très fignolés, qui créent une
atmosphère, un “son”... Mais il est temps que je vous présente les acteurs de
ce théâtre sonore.
Echoes of
Swing est donc un quartet composé de Colin Dawson (tp, voc), Chris Hopkins
(as), Bernd Lhotzky (p) et Oliver Mewes (dr). Nous les connaissions déjà par
les Bulletins 480, 502 et 527. Il ne s’agit pas ici de deux souffleurs
accompagnés par piano et batterie mais de quatre instrumentistes au même niveau
d’intervention. Seul le batteur me paraît un peu en retrait, est-ce
l’enregistrement ? Je penche plutôt pour un excès de prudence ou de discrétion
par rapport à ses collègues: il joue bien mais il faut tendre l’oreille parfois.
Hugues
Panassié disait, parlant de l’orchestre Lunceford “qu’il se passait à chaque
instant quelque chose de nouveau”. C’est le cas dans ce disque. Les
arrangements sont pour la plupart dus à Dawson et à Hopkins, Lhotzky est
responsable de trois d’entre eux, Mewes du titre 12. L’impression générale est
une certaine unité dans la diversité : les thèmes choisis sont variés,
originaux et, en fin d’audition, j’avais l’impression d’avoir entendu une
grande pièce de 55 minutes dont les multiples facettes étaient les thèmes et
leurs arrangements. Tout cela suppose un grand travail d’élaboration et une
parfaite entente stylistique entre les musiciens, qui donnent parfois
l’illusion d’être bien plus de quatre, tant dans l’agencement des parties que
dans la spontanéité apparente de l’exécution.
Lhotzky domine par son jeu inventif, renouvelé, swingant. Au fil des
années, il s’est diversifié, “musclé”, affirmé tant en solo qu’en seconde voix;
c’est un piano fertile et qui “tient la distance” : on n’a jamais l’impression
qu’il atout dit et qu’il n’a plus de réserves, Il faudrait tout citer car il
joue bien partout. C’est un jeune maître.
J’ai préféré, et de beaucoup, Hopkins à l’alto plutôt qu’au piano (j’en
parle par ailleurs dans son duo avec Dick Hyman). Les changements subtils et
fréquents d’atmosphère ne le déroutent pas et il fait penser parfois à André
Ekyan ou à Tab Smith. Colin Dawson ne manque pas de drive et a quelques belles
envolées. Son jeu avec sourdine de Happy
feet est prenant. Il intéresse toujours, même s’il n’a pas la superbe
régularité de Lhotzky.
Enregistré en juin 2006 en Autriche, ce CD n’a
pas de faiblesses. Même les deux interprétations avec vocal (titres 7 et 14)
sont intéressantes pour ce qui se passe derrière. Voilà du jazz contemporain
qui concilie nouveauté et respect des “fondamentaux”. Profitez-en.
Daniel Janissier