Bulletin du hcf – N°430 – 11/94 – page 27
FRANÇOIS RILHAC, " THANK'S A MILLION " (Produc-tion Jacomy) : Hallelujah, The Mule walk, Thank's a million,l never knew, Just one of those things. If l had you, Liza, Sweet and lovely, Louise, This can't be love, High society, Rosetta, Composition en ré b, l can't help lovin' that man. OhPeter, Song of the vagabonds.
François Rilhac (1960-1992) fut un des pianistes les plus prodigieusement doués que nous ayons connus ces dernières décennies : il avait énormément travaillé et pouvait faire pratiquement ce qu’il voulait avec le clavier d’un piano. Cette technique du plus haut niveau, il l’avait mise au service du jazz le plus pur, puisé aux meilleures sources : Fats, James P, Le Lion, Tatum, et Donald Lambert. Comme tous les grands créateurs, il transformait en jazz tout morceau qu'il interprétait : aucune différence dans la qualité du swing, du feeling et de l'improvisation entre des " classiques " comme Mule walk et des " morceaux populaires" comme Louise ou Can't heip lovin' that man, et aussi des compositions personnelles comme celle de la plage 13. Il était même capable de taire du stride sur " La Mère Michel ! " : " Ça c'est la classe, on l'a ou on l'a pas " ; comme disent les Slapscats.
Sa puissance dépassait celle de tous ses collègues, et ce n'était pas une puissance brutale, mécanique, automatique, mais une puissance maîtrisée, nuancée, modérée. Il est si facile de faire du piano mécanique... c'est tout autre chose que de retrouver la finesse et le swing des grands maîtres de Harlem ! Et François avait réussi, là ou bien d'autres ont échoué. Souvent sans même s'en rendre compte.
Vous avez dans ce disque tout l'art de François Rilhac (sauf le blues et le boogie), Chaque interprétation a son propre cachet, avec le plus souvent des touches de Tatum dans les introductions, quelques passages hors tempo, des chorus swingués en douceur, et puis le démarrage en force, et parfois un brusque retour au calme en fin de morceau. En pur stride. Oh Peter est impeccable : c'est du stride " hard ", dru, serré, à la Donald Lambert. High society est admirable : jamais vous n'avez entendu ce morceau entièrement joué au piano et si bien adapté à l'instrument tout en respectant parfaitement son caractère. Un seul morceau est trop contracté, nerveux, c'est le dernier ; mais tout le reste est de haute tenue.
Il ne sera pas nécessaire d'analyser plus en détail le contenu du disque puisque cela est fait dans toute la précision et la compétence voulues par Louis Mazetier sur l'abondant et documenté livret intérieur. La reproduction est très bonne le plus souvent. Deux ou trois plages sonnent de façon un peu étouffée, mais ce n'est pas grave. Il faut vivement féliciter Emmanuel Jacomy qui a réalisé ce disque, mais aussi Jean-Pierre Bertrand qui a eu la clairvoyance et la détermination de faire jouer François dans son club de la " Table d'Harmonie " pendant ses plus belles années. Bien entendu, personne ne peut se dispenser d'acquérir ce CD.