Bulletin du hcf – N°442 – décembre 1995 – page 11
PAT GIRAUD-DANIEL HUCK, " VIRJANE " (Evy 95-10, distribution Evy Distribution) : On the sunny side of the street, Tuxedo junction. If l could be with you, Virjane, Smoke gets in your eyes, Exactly like you, l let a song go out of my heart, Splanky, Willow weep for me, Some of these days, When l grow too old to dream, Chili con Valley.
Ce disque pourrait s'inscrire au Guiness des records tellement sa distribution suit de près son enregistrement qui eut lieu le 11 octobre 1995 ! Mais, plus intéressant, sa qualité mérite surtout de le voir figurer parmi les grandes réussites récentes. Le Bulletin 439 signalait la prestation exceptionnelle au Festival de Saint-Gilles de Pat Giraud, Daniel Huck et Simon Boyer, eh bien, ce trio reconstitué évolue ici à son plein régime et crève le haut-parleur. De concert en festival et de fil en aiguille, Pat Giraud se place au premier rang des organistes swinguants. Daniel Huck, au saxo alto, s'était jusqu'à présent abondamment multiplié et il swinguait toujours, même dans les contextes peu favorables. Ici, dans un environnement idéal il donne son maximum confirmant qu'il est bien l'un des musiciens français qui swingue le plus et de la façon la plus contagieuse. Quant à Simon Boyer il fournit un accompagnement d'une pertinence exemplaire et se confirme comme notre espoir n° l de la batterie.
Le disque s'ouvre sur on the sunny side of the street, en plein swing dès la première mesure, Daniel Huck expose le thème en faisant chanter son alto avec un accent vibrant, grandiose, au lyrisme irrésistible, puis il prend un chorus superbement développé. Pat Giraud intervient à son tour pour un chorus flamboyant, son orgue sonnant comme un orchestre et l'alto revient conclure sur un chorus lumineux. Simon Boyer fournit un accompagnement solide aussi sobre qu'éfficace. Tuxedo junction suit le même schéma dans ses quatre chorus, Daniel balance avec une belle ardeur et Pat se distingue dans un chorus d'une densité et d'une envolée rares. Soulignons encore l'accompagnement adéquat et robuste de Simon, ce qui nous change de la plupart des batteurs actuels soit envahissants, soit inoffensifs.
En tempo lent If l could be with you est d'abord exposé magnifiquement, couplet et refrain par Daniel Huck avec un timing impeccable et une sonorité opulente (qui pourrait parfois être confondue avec celle d'un ténor) Puis il prend un chorus chargé d'émotion s'exprimant à l'aide de longues phrases délicatement articulées. Il bénéficie d'un remarquable accompagnement de l'orgue qui s'octroie ensuite un chorus très detendu sonnant majestueusement, et le morceau se conclut avec un plaisant vocal de Daniel Huck. Celui-ci joue l'autre ballade, Smoke gets in your eyes, avec un accent empoignant qui attendrirait le cœur d'un huissier . Le demi-chorus de Pat déborde de lyrisme et de feeling, les deux partenaires restant dans le même climat ainsi qu'ils le font, d'ailleurs, dans chaque interprétation. Et donc, dans Wlllow weep for me que présente l'orgue tout seul, l'alto intervenant ensuite en prolongeant l'atmosphère détendue, les deux solistes se laissant ensuite insensiblement gagner par une certaine exaltation.
Virjane constitue sans doute le sommet de l'album. Sur ce plaisant thème de Pat Giraud, pris sur un tempo idéal, rebondissant, les trois membres du trio, à leur maximum et en complète osmose, jouent comme un seul homme et avec un total abandon. L'orgue sonne avec une ampleur imposante, ses riffs dégageant un swing considérable, tout comme l'excitant alto impressionnant de punch. Un bel hommage à Wild Bill Davis. Eblouissant ! Dans When l grow too old to dream, on admire encore la relaxation de Daniel Huck puis son éclatant lyrisme et le jeu impressionnant de Pat Giraud qui démarre calmement puis peu à peu s'exprime avec verve dans un style exemplaire digne de Wild Bill. Le superbe blues lent qui clôt l'album, Chili con Valley, contient lui aussi une partie d'orgue foisonnante, extrêmement prenante et une partie d'alto racontant une histoire convaincante avec éloquence en faisant monter sérieusement la température.
Les autres interprétations ne manquent pas d'intérêt : Exactly like you, pris sur un plaisant tempo moyen animé par la pulsation souple de Simon Boyer ; l let a song où Daniel Huck aligne les phrases chantantes avec une belle envolée et où Pat Giraud prend un chorus contrasté tour à tour véhément et confidentiel avant de dialoguer avec l'alto ; Splanky et sa formidable partie d'orgue soutenue par une stimulante batterie shuffle ; Some of these days dans lequel Daniel Huck joue de manière fort détendue et nous gratifie d'un vocal scat cependant que brille Pat Giraud volubile et jubilant.
Un disque sensationnel ! Et d'une belle qualité sonore.