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THE AMERICAN FOLK BLUES FESTIVAL

The British Tours 1963-1966

Reelin’ in the Years Productions and Experience Hendrix

Universal 1720 58-8. Copyright 2007. Noir & blanc. Durée mentionnée : approx. 74 min.

Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 563, p.24

 

Tournée 1963: Keep It to Yourself (Sonny Boy Williamson), Got My Mojo Working (Muddy Waters), Too Late to Cry

(Lonnie Johnson), Baby Please Don’t Go (Big Joe Williams).

 

Tournée 1964 : Bye Bye Blackbird, Getting Out 0f Town (Sonny Boy Williamson), Come Go with Me, Lightnin’s Blues (Lightnin’ Hopkins), Baby What You Want Me to Do, Rock Me Baby (Sugar Pie Desanto), Smokestack Lightning, Don’t Laugh at Me (Howiin’ Wolf).

 

Tournée 1966: Oh Well Oh Well (Big Joe Turner), What’d I Say (Junior Wells).

 

Bonus (tournée 1964): You Can’t Lose What You Ain’t Never Had, Blow Wind Blow (Muddy Waters), Didn’t It Rain, Trouble in Mind (Sister Rosetta Tharpe).

 

 

Ce groupement d’interprétations filmées lors de tournées anglaises de l’American Folk Blues Festival fait suite aux trois recueils de 1’AFBF (cf. Bulletins 530 et 537) figurant au palmarès des Prix HCF 2004, ainsi qu’au recueil « Memphis Slim & Sonny Boy Williamson Live in Europe » (cf. Bulletin 539). Pour dissiper toute ambiguïté, précisons que ce nouveau DVD ne recoupe à aucun moment les précédents.

Les chanteurs-guitaristes sont ici à l’honneur. Big Joe Williams, débordant de naturel, martèle le sol du talon pour accompagner un vocal ardent et des solos non moins fougueux sur Baby Please Don’t Go, sa composition la plus réputée. A l’opposé, le placide Lonnie Johnson, à la voix sans aspérité, développe sur Too Late to Cry deux chorus de guitare raffinés dont les notes bien détachées contribuent à la netteté des lignes. Lightnin’ Hopkins traite avec brio Come Go with Me en rythme boogie, mais retient davantage encore l’intérêt par un blues lent chanté telle une complainte, avec une émotion qu’amplifie un jeu « low-down » aux multiples inflexions. Seul Howlin’ Wolf, à la guitare dans Don’t Laugh at Me, se contente d’arpéger les accords fondamentaux à la façon d’un bassiste (il laisse les solos à son brillant second Hubert Sumlin) dans une interprétation tendue, « hurlée » d’une voix rugueuse.

Parmi les chanteurs-harmonicistes, Sonny Boy Williamson l’emporte à l’applaudimètre. Il est vrai que le personnage cultive le pittoresque : il faut le voir entrer d’un pas indolent, melon sur la tête, sacoche à la main, parapluie au bras, s’attarder au micro le temps d’un thème et sortir du côté opposé. De ses longs doigts effilés il dissimule des harmonicas qu’il triture en tous sens pour en modifier les sons, en joue à l’occasion avec le nez ou sans utiliser les mains. Ses trois spécialités sont au nombre des moments forts du recueil tant sa partie vocale est nonchalante et sa partie d’harmonica souple, inventive, dédiée au swing par l’accumulation des effets rythmiques (riffs, traits incisifs, claquements de langue contre le micro suggérant des frappes de «tap dancer»). Howlin’ Wolf, dont le Srnokestack Lightnin’ est salué par des ovations, souffre évidemment du rapprochement avec Sonny Boy, mais compense la modestie de son jeu d’harmonica par une véhémence de « blues shouter » : l’interprétation, prise en tempo aisé, tangue sur place, ponctuée par un riff unique joué conjointement par le pianiste et le guitariste.

Au rang des chanteurs non instrumentistes, Big Joe Turner fait preuve de son assurance coutumière : au cœur du swing dès la première mesure, il balance 0h Well 0h Well avec une flamme communicative entretenue par le « shuffle » de Fred Below et ses relances en rafales. Même sans avoir pareil abattage, Sugar Pie Desanto se montre dynamique sur Baby What You Want Me to Do avant de détailler les paroles de Rock me Baby avec une espièglerie provocante. Privé de sa guitare, Muddy Waters propose de My Mojo une interprétation au climat inhabituel en raison d’accompagnateurs qui, à l’exception d’Otis Spann, ne font pas partie de son entourage familier: aussi est-ce le pianiste qui exécute les chorus — quasi immuables - réservés d’habitude à l’harmoniciste. Quant à Junior Wells, l’un des benjamins des tournées, il danse plus qu’il ne chante dans sa version de What’d I Say~ mais son impétuosité dans cette discipline inattendue ne manquera pas d’étonner.

Les prises du bonus proviennent d’une émission télévisée «The Blues and Gospel Train » tournée en 1963 près de Manchester. Il faut le professionnalisme de Muddy Waters et de Sister Rosetta Tharpe pour parvenir à s’imposer en dépit des conditions du concert : la scène est un quai de gare, les accompagnateurs sont regroupés à l’écart, le froid et la pluie s’en mêlent, contraignant Muddy et Sister Rosetta à jouer en manteau (sans perdre leur humour, Muddy termine par Blow Wind Blow et Sister débute par Didn’t It Rain !). Par chance, l’acoustique n’est pas hostile : la partie de guitare « slide » de Muddy Waters est même bien restituée.

L’ensemble de ce programme, d’une qualité d’image et de son inespérée, offre un précieux témoignage de ces tournées qui réveillèrent l’intérêt pour le blues en Europe. Aussi saluera-t-on sa parution sans réserve.

                                                                                                                                       Jacques Canérot

 

1 - Le livret hésite sur l’identité des accompagnateurs: « Cousin Joe Plea­sant Piano. Unknown: Bass. Unknown: Drums ». En fait, le pianiste est Otis Spann, le bassiste Ransom Knowling et le batteur Willie Smith (connu à l’époque sous le nom de Little Willie Smith, il était l’accompagnateur régulier de Muddy). Cousin Joe est bien au piano... mais seulement le temps de présenter Sister Rosetta: avant comme après, il se balance sur scène dans un rockin’ chair (il est filmé parfois en gros plan et Sister le salue d’un cordial « Brother Joe! »).