Lauréat:
BLUE NOTE pour IKE QUEBEC
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THE COMPLETE BLUE NOTE 45 SESSIONS »
(Blue Note 11444)
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 555 (Août-Septembre 2006) p.23/25
CD 1 - A Light reprieve, Buzzard Lope, Blue
Monday, Zonky, Later for the rock, Sweet and lovely, Dear John, Blue Friday,
Everything happens to me, Mardi Gras, What a difference a day makes, For all
we know, I’ll wind,
CD 2 – If I could be with you, I’ve got the world
on a string, Me ‘n’ Mabe, Everything happens to me, All of me, All the way, How
long has this been going on, With a song in my heart, Imagination, What is
there to say, There is no greater love.
A partir de 1950, les juke-boxes furent convertis à la lecture des disques 45 tours et les producteurs s’adaptèrent très vite à ce dard qui finit par prendre la place du 78 tours. Blue Note sortit ses premiers disques dédiés à ce marché en 1956 et le présent double CD reprend l’intégralité de ceux réalisés sous le nom du saxophoniste ténor Ike Quebec de 1959 à 1962, à l’occasion de trois séances d’enregistrement.
Celles-ci ont pour point commun l’instrumentation qui fréquemment utilisée à cette époque et donnait souvent d’excellents résultats : saxo ténor, orgue et soutien rythmique. Cette formule se révèle parfaite pour mettre en valeur le saxophoniste Ike Quebec, qui bénéficie du soutien de musiciens de premier plan : pour les huit premiers titres, l’excellent Edwin Swanston à l’orgue (qu’Edgar Battle notamment nous a fait connaître dans ses disques Cosmopolitan), le sensationnel Skeeter Best à la guitare, Sonny Wellesley à la basse et Les Jenkins à la batterie - très bons tous les deux ; pour les neuf suivants : Sir Charles Thompson à l’orgue, Milt Hilton à la basse et J.C. Heard à la batterie (on ne peut imaginer meilleur entourage) ; pour les neuf derniers (les seuls à avoir fait l’objet d’une édition LP en sous le titre « A Song In My Heart ») : Earl Van Dyke à l’orgue, Willis Jones à la guitare, Wilbert Hogan à la batterie, Sam Jones à la basse étant ajouté dans cinq plages. Constituée de musiciens un peu moins connus, cette rythmique n’est pas moins stimulante et cette dernière session est même globalement plus réussie que les précédentes, pourtant déjà de très haut niveau.
Ike Quebec est le principal soliste et, aussi bons que soient ses accompagnateurs, l’auditeur ne s’en plaindra pas car Ike Quebec est bien l’un des plus grands saxophonistes ténor de l’histoire du jazz. Son jeu est très inspiré de celui de Coleman Hawkins avec un vibrato moins marqué et sa sonorité chaleureuse est parfaitement rendue par l’enregistrement signé Rudy Van Gelder. Il excelle aussi dans le blues, à tel point qu’il en introduit la coloration dans beaucoup de morceaux, y compris les standards qui constituent la majorité du répertoire joué ici.
Ike Quebec est aussi un compositeur de talent, sachant instiller un climat « funky» dans certaines de ses pièces : Buzzard Lope, A Light reprieve, Me ‘n’ Mabe, Later for the rock et sa version rapide de Dear John (thème apparenté à Night Train).
En réalité, il n’y u aucun déchet dans ce double album : tout ce que joue Ike Quebec est prenant, inspiré et nombre des interprétations peuvent être considérées comme de véritables chefs-d’œuvre notamment Everything happens to me (les deux versions), Imagination (il faut absolument en écouter la version d’Hawkins juste après), Intermezzo (dont le climat fait penser au merveilleux On the Alamo d’Alix Combelle), There is no greater love, What a difference a day makes, Mardi Gras (en tempo plus rapide, où on trouve des réminiscences de Jive at Five.
Ike Quebec, décédé prématurément à 45 ans, en janvier 1963, n’a malheureusement pas laissé une discographie abondante : ces magnifiques enregistrements n’en ont que plus de valeur.
(François Abon)