PRIX du DISQUE du HOT CLUB de FRANCE
PRIX MUSICIENS FRANCAIS DE JAZZ 2005
PAUL CHÉRON SEXTET
« BLACKSTICK » TBB Records 120,
distribution Jazzophile-Jazztrade
Blackstick, Le Marchand de poissons, I had
it but it’s all gone now, Polka dot stomp, I keep calling your name, What a
dream, Egyptian fantasy, Georgia cabin, Quincy Street stomp, Little creole
lullaby, Swing parade, Promenade aux Champs-Elysées, Old Stack O’ Lee blues,
Spreading joy.
Le cher Paul Chéron, qui nous a gratifiés ces dernières
années d’une belle série d’albums de son fameux Tuxedo Big Band, nous
propose de l’écouter swinguer en petite formation comme du temps de son Banana
Jazz, voilà plus de dix ans. Ces enregistrements récents (20 et 21 décembre
2004), sur des thèmes signés Sidney Bechet, ne pâlissent aucunement de la
comparaison avec Soprano Summit de Bob Wilber et Kenny Davern. Paul
Chéron et Jean-François Bonnel jouent de la clarinette et du soprano appuyés
sur une rythmique attentive : Thierry Ohé au piano, Henri Chéron à la guitare,
Pierre-Luc Puig à la contrebasse et Guillaume Nouaux à la batterie, tout ce
joli monde appartient aussi au grand orchestre. La musique sonne fort
agréablement, mais les parties des deux souffleurs ne sont guère séparées.
Leur parenté de style et d’esprit et leur excellence rendent l’identification
délicate car les informations du boîtier restent muettes à ce sujet.
Heureusement Henri Chéron était là pour confirmation.
Le disque s’ouvre avec Blackstick, après la traditionnelle introduction opéra bouffe, Paul
Chéron et Jean-François Bonnel, tous deux à la clarinette, exposent le thème
comme un seul homme. La communion de langage apparaît pleinement lors du
dialogue en 8/8 qui débute avec Jean-François. On apprécie le robuste drumming
de Guillaume Nouaux, très Zutty, qui apporte une coloration aussi rare que
bienvenue à cette superbe interprétation.
On retrouve les deux clarinettes dans quatre autres
p1ages, dont deux sur d’alertes tempos moyens : le superbe Polka dot stomp le
thème à deux voix, les solos reviennent à Paul, puis à Jean-François et Thierry
Ollé) et Spreading joy (thème, dont un passage renvoie aux Oignons) Paul prend deux chorus, Thierry un, Jean-François deux,
échange entre la batterie et les deux clarinettes Paul commençant, chorus final
des deux souffleurs, côte à côte, anche contre anche. Les deux complices
s’expriment dans un style très voisin, peut-être Paul paraît-il plus chaleureux
et Jean-François plus audacieux. En tempo lent, dans Egyptian fantasy, après
les deux thèmes en duo, Bonnel intervient en stop chorus sur le premier et Chéron de même sur le second. Le fort prenant
Old Stack O’Lee blues fait survenir en solo successivement Paul Chéron,
Thierry Ollé, Jean-François Bonnel, accompagné d’abord par la seule contrebasse,
et Pierre-Luc Puig sur une pulsation de guitare.
Pour varier les plaisirs, Paul Chéron adopte le
soprano dans la plupart des plages restantes. Ainsi, on le trouve, flamboyant,
dans Quincy Street stomp brillamment secondé par la clarinette de
Jean-François Bonnel ; piano, clarinette, soprano et batterie prennent ensuite
un chorus en solo. La même organisation se retrouve berceuse Little creole lullaby qui se
déroule dans un climat plein de tendresse. Dans Le Marchand de poissons, Chéron joue les deux thèmes au
soprano, Bonnel le secondant à la clarinette, puis ii poursuit avec deux
chorus, le premier avec contre-chant de clarinette, ensuite Bonnel surgit au
soprano lui aussi pour un chorus, après le piano les deux sopranos dialoguent
Paul commençant puis jouent ensemble, après le chorus de batterie ils
reviennent conclure.
Se trouvent aussi deux plages en duo de soprano: I had it’s all gone now, dans lequel Paul mène et laisse
ensuite le lead à Jean-François après le passage de contrebasse et Swing parade, à l’accent triomphant et au stimulant zutting de
batterie, après le chorus de piano avec pont à la guitare, Paul conduit le
chorus suivant et Jean-François le dernier.
Comme Jean-François Bonnel a plus d’un instrument dans
son étui, il va également en extraire une trompette pour trois interprétations.
Dans I keep calling your name, à l’accent nostalgique, Paul
utilise la clarinette, il termine sur un chorus délicat, plein de feeling,
précédé d’un excellent chorus de piano. Paul revient au soprano dans What a dream, il joue d’abord le thème
avec pont par la trompette, puis les
rôles s’inversent, ensuite chorus de soprano, de trompette et de piano, puis
les deux souffleurs terminent en force après un bref dialogue et bien stimulés
par la rythmique. Dans Promenade aux
Champs-Elysées, comme précédemment le thème est joué avec Paul en leader au
soprano puis une seconde fois avec Bonnel en leader, ensuite soprano, piano et
trompette prennent chacun un chorus.
Les deux souffleurs sont
absents de Georgia cabin
consacré à Thierry Ollé qui montre une fois encore qu’il a atteint un niveau
vraiment respectable. Voilà donc un superbe disque!
André Vasset