Lauréat : JAZZ ODYSSEY RECORDS
pour JO JONES “THE DRUMS”
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 551
(Mars 2006) page 5
Une chronique de Hal Smith
JO
JONES, « THE DRUMS » (Jazz Odyssey JOCD 1/2) : Warm up solo, Basics-Gadgets-Effects, Rudiments, Rim Shots-Tom Tom, Home
Practice, Two Beat-Four Beat-Three Beat, Drum Solo n° 1, Accompaniment, Latin Rhythms, Rock ‘n’ Roll
Rhythms, Making changes, Drum Solo n° 3, Colours, Drum Solo n° 2, Drummers I
met, Dancers I met, Caravan (en direct,
avec Milt Buckner).
Le pianiste de
jazz George Wein a déclaré: « Le batteur le plus important de l’histoire du jazz
pourrait bien être Jo Jones ». Il était
très certainement l’un des géants, doué d’une créativité étonnante,
d’une pulsation incomparable et d’un bon goût sublime. Tout amateur de jazz se
devrait de connaître ses talents musicaux, par les enregistrements devenus des
classiques avec Count Basie ou Lester Youg, entre autres.
En 1973. Louis et
Claudine Panassié demandèrent à Jo Jones d’enregistrer en solo, en décrivant sa
technique. ses vues sur la musique et ses antécédents de musicien. Le résultat
parût en 1974 en deux microsillons Jazz Odyssey qui devinrent très vite une
rareté. Les batteurs américains ont parlé pendant des années de cette édition
épuisée depuis longtemps, et tous regrettaient que le contenu n’ait pas paru en
disque compact. En 2005, Laurent Verdeaux, un ancien adjoint de Louis Panassi6,
racheta les droits de Jazz Odyssey, bien décidé à transposer le matériau en CD,
en commençant par les sessions Jo Jones.
The Drums »
est un monument.
Chaque caisse est soigneusement accordée, le son de chaque cymbale bien choisi.
La patte du maître, qui utilise les baguettes, les balais, les mailloches et...
ses doigts, est preuve à la perfection que la batterie peut être l’un des instruments
les plus musicaux.
Les solos de Jones
et les démonstrations qu’il fait de ses idées et de ses techniques forment une
méthode incomparable pour tout batteur, et les restitutions du style d’autres
batteurs nous ramènent au début des années 30 comme dans une machine à remonter
le temps. Les imitations de Walter Johnson, de Sonny Greer et de Chick Webb
sont d’une ressemblance renversante. Jones connaissait chaque nuance de leur
style.
Il faut écouter
lés morceaux où Jones imite les claquettes de Pete ‘TheTapper’, ou Eddie
Rector, ou Baby Laurence et Bill Robinson, et ensuite le solo de batterie dans Louise, avec Lester Young et Teddy
Wilson ; on constatera que Jones savait s’inspirer des danseurs tout comme
des batteurs.
On se laisse
fasciner par ce qu’il raconte comme par son style de batterie. Le timbre de sa
voix et la précision de sa diction nous rappellent Baby Dodds. Même quand il
change de sujet sans avertir ou quand sa phrase est incomplète, on est tout à
l’écoute. Son récit est plein d’humour, surtout lorsqu’il décrit «
les effets de
percussion» de l’époque du cinéma muet et quand il fait des astuces bizarres en
aparté: (« That was my greatest roll ... you
know, like a Chinese egg roll] »
(*)
Cet album de deux
CD contient tout ce qui était paru en LP en 1974, et aussi plusieurs morceaux
inédits, dont des solos de batterie, des démonstrations de batterie de
rock’n’roll, de valse ou de musique sud-américaine, ainsi, que des conseils
pour répéter chez soi.
Tous les batteurs
remercient Laurent Verdeaux et Jazz Odyssey pour l’édition en version CD de ce
merveilleux document: Sur le disque, Jo Jones s’exclame, juste après un bijou
de solo : «Nice ! ». «Voilà qui est bien! ». C’est aussi notre opinion.
Hal
Smith - Traduction R. Richard
(*) «Mon meilleur
roulement, comme un rouleau de printemps»:
intraduisible,
roll signifiant à la fois rouleau et roulement.