Lauréat : MICHEL PASTRE pour “FREE SWING”
Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 554
(Juin-Juillet 2006) page 13
MICHEL PASTRE, «
FREESWTNG » (Djaz 734.2) Midriff, Tulip or Turnip, Freeswing, Webstering,
Hiawatha, Morning Glory, Sophisticated Lady, Kinda Dukish mocking in rhythm,
What am I here for, Lazy Rhapsody.
Quatrième
CD de Michel Pastre et son second en
quartet ;
comme précédemment il est accompagné de Pierre Christophe (p), Raphaël Dever (b) et Stan
Laferrière (d). On ne présente plus Michel Pastre qui a su s’imprégner des qualités des
grands saxophonistes de l’âge d’or du jazz et on entendra passer dans son jeu
le souffle des Webster, Hawkins ou autres Jacquet. Glissons sur le premier titre, Midriff, qui n’est pas le plus représentatif du talent de notre ténor (petits problèmes
d’intonation et de justesse), pour en arriver à Tulip or Turnip : c’est une
réussite ! Excellent tempo, « ça balance »
dès le premier chorus, l’accent jazz est là, la sonorité est superbe et tout le
monde swingue avec naturel, sans effort. Les trois sidemen font corps avec le
saxophoniste : Pierre Christophe, dont le style évolue entre Sir Charles
Thompson (pour l’économie et la précision) et Erroll Garner, sait se montrer
éloquent et sobre à la fois Raphaël Dever fournit une impeccable ligne de
basse (comme dans tous les morceaux, d’ailleurs) et Stan Laferrière, dont la
batterie est un peu en retrait par l’enregistrement, assure le soutien qui convient à ce type de musique. Cette interprétation est à mes yeux (à mes
oreilles plutôt) le sommet de ce CD. Faites-la entendre à des amis peu portés
au jazz pour étudier leurs réactions. Le titre suivant est à prendre en se tapotant
le menton. Artificiel malgré le «free» de Freeswing, cette espèce de blues bizarre à
la sauce vaguement polytonale est, me semble-t-il, un clin d’œil moqueur
de nos musiciens à un type de musique
apprécié (!) de l’avant-garde modernistique. Si tout le disque avait été bâti
ainsi, il est certain que Michel Pastre aurait eu droit aux
félicitations de l’intelligentsia subventionnée. Fort heureusement, Webstering nous ramène au jazz ; le titre
dit ce qu’il en est. Signalons à nouveau le travail du bassiste et le piano
économe et swinguant de Christophe. Le son opulent, la sonorité maîtrisée du
ténor, sur les accords profonds du piano (avec juste ce qu’il faut de pédale),
le tempo lent où se déploie le feeling des quatre musiciens, concourent à
réaliser une bien belle interprétation de Morning
Glory. Le titre suivant est joué sur un tempo assez vif ; Pierre Christophe
taquine Garner. Kinda Dukish est moyennement réussi : sans Pastre au
début, nos trois musiciens « ellingtonisent » avec jubilation puis on suit le plan habituel ; ici,
le saxophoniste maîtrise moins bien sa fougue naturelle. What am I here for est
swingué en souplesse. Le dernier morceau, Lazy
Rhapsody, est un petit bijou (petit, parce
que 2 mm) : basse à l’archet, ténor on douceur, batterie
en demi-teinte, piano coloré, c’est tout
simple, c’est bien.
Ce
CD en tout
cas, contient de la bonne musique comme j’ai tenté de le montrer, et l’entente des quatre musiciens est parfaite.
(D.J.)