PRIX DU DISQUE DE JAZZ 2006 DU HOT CLUB DE FRANCE

                                                                                                          “DECOUVERTE”

 

                                   Lauréat: KEVIN DOUBLÉ pour “BLUES IN THE MORNING”

Autoproduit  D44010

 

     

 

Chronique publiée dans le Bulletin du HCF N° 557

 (Novembre 2006) pages 16/17

 

 

Jumpin’ the blues, One scotch one bourbon, I can’t hold out much longer, Reefer head woman, Great pleasure, Lightnin’, Since my baby been gone, Mean mistreater, Buzz me baby, That ain’t right, Confessin’ the blues.

 

Si l’on m’avait mis ce disque sous les oreilles sans me montrer l’emballage, j’aurais pensé à de jeunes musiciens noirs américains s’exprimant dans le langage du blues éternel... Eh bien, non, il s’agit de jeunes jazzmen français dont on peut dire banalement: ils ont tout compris ! Mais dont je dirai plutôt qu’ils se sont immergés dans le blues de toujours, sans copie scolaire ni ambiance préfabriquée. Bien sûr, les grands maîtres sont là, derrière les thèmes choisis : McShann, Milburn, Little Walter, Spann, Gillum, etc., comment faire autrement. Mais les éléments fondamentaux qui ne peuvent être reproduits servilement sont bien personnels le feeling, et le swing. C’est la manière d’être, de jouer, de ressentir de ces jeunes musiciens qui étonnent nos oreilles.

Voici donc enregistrés en octobre 2005, Kevin Doublé (hm, chant, g sur 9), Julien Brunetaud (p et chant sur 7), Anthony Stel­maszack (g), Sébastien Girardot ou Vincent Talpaert (b), Serge Rahoerson (ts), Jérôme Etcheberry (tp), Guillaume Nouaux (d). Comme d’habitude (je crois qu’on peut le dire maintenant) l’impeccable batterie de Nouaux emmène tout le monde avec autorité et s’adapte excellemment au caractère de chaque interprétation : la

première vous met d’ailleurs tout de suite dans l’ambiance de) cet épatant petit disque. C’est ensuite le piano virevoltant, très jazz, de Julien Brunetaud qui enrichit la trame musicale et fournit un très vivant accompagnement au soliste. Des deux contrebassistes, Girardot est le plus swinguant. Le guitariste, de qualité constante, est vraiment in the mood. Nos deux souffleurs fournissent des fonds orchestraux (est-ce Etcheberry l’auteur des simples et parfaits arrangements ?) et interviennent peu en solistes : notons un bon solo de Rahoerson (style Chamblee, Sam Taylor) dans That ain’t right et un remarquable Etcheberry, un peu à la Edison (ces inflexions !) dans One scotch; le saxophoniste et le trompettiste assurent aussi très efficacement et joliment les contre-chants qui conviennent derrière les solistes. Je citerai en dernier le « patron »Kevin Doublé qui, à l’harmonica, vous transporte dans le Sud et, au chant, n’est ni crooner ni chansonnier mais vraiment vocaliste de jazz : j’ai été épaté ! A la guitare (Buzz me baby), il est moins extra, c’est propre mais un peu appliqué, il est moins à l’aise.

Ce disque aux couleurs du blues ne fera pas double emploi avec ceux que vous possédez, pour son feeling et son swing, je le répète. On est saisi parfois par le climat de certains morceaux tels que I can’t hold ou bien Reefer head dont la pulsation fait songer à Washboard Sam. Tout est bien, il n’y a pas de faiblesses marquées. L’enregistrement, correct, manque un peu de chaleur.

Contacter K Doublé pour vous procurer ce CD, il en vaut la peine : kevindouble@free.fr ou Tél : 06 32 70 56 87                                                                                                                    (Daniel Janissier)