GRAND PRIX DU HOT CLUB DE FRANCE 2008
LOUIS MAZETIER"TRIBUTE, PORTRAITS AND
OTHER STORIES"
Arbors ARCD 19361
YOU'VE
GOT TO BE MODERNISTIC, SWEET AND LOVELY, IN AUGUST AT ST. GERMAIN DES PRÉS, THE
PEARLS, TEA FOR TWO, SWEET SMILE, INSTINCT OF CONSERVATION, RUSSIAN GREEK,
SURPRISES, WALKING MY BABY BACK HOME, ANITRA'S DANCE, SIMPLY THE BLUES, TANGO
SEVILLE, JUST YOU JUST ME, I GUESS I’LL HAVE TO CHANGE MY PLANS, SNEAKAWAY,
PORTRAIT OF A PORTRAITIST, CAN'T WE BE FRIENDS, SKYLARK, KEEP OFF THE GRASS,
FRANÇOIS, NOSTALGIC WALK.
Le Bulletin 569 d'avril dernier
recommandait un CD Jazz Connaisseur de solos de piano par Louis Mazetier
enregistrés en décembre 2002 mais dont la parution avait été retardée suite à
divers contretemps. Voici que la marque Arbors publie maintenant un nouvel
album de solos de Louis captés, comme les précédents, à l'église de Boswil,
renommée par la qualité sonore des enregistrements qui en proviennent. Dans
cette récente série (datant des 30 et 31 août 2007), Louis Mazetier, comme à
son habitude, propose un répertoire presque totalement différent de celui de
ses précédents albums, d'où un recueil riche en variété et en imprévu.
Bien évidemment, et heureusement,
reste à l'honneur le style 'stride' par lequel il se fit connaître et
reconnaître comme un des plus prestigieux spécialistes actuels. Plutôt que de
s'acharner sur les mêmes thèmes pour en livrer une énième version, Louis
préfère en explorer de nouveaux. Moins confortable que de se cantonner dans la
routine, mais plus enrichissant ! Il s'adresse à James P. Johnson d'approche
subtile dans Keep off the grass
et affronte la complexité de You've got to be modernistic pour offrir deux interprétations
étourdissantes d'impétuosité et de brio. Deux autres maîtres ès 'stride' sont
sollicités tout aussi magistralement : Willie Smith Le Lion dans Sneakaway et le terrible Donald Lambert dont Louis
reprend Anitra's dance avec une
exubérance époustouflante.
Le stride reste présent par
exemple pour un appui discret au discours plein d'envolée de Walking my
baby back home, ou au jeu ciselé à la
Teddy Wilson sur I guess I’ll
have to change my plans, ou pour un
soutien direct à l'allégresse de Just you just me. Bien sûr, il faut aussi souligner l'exaltant passage en 'stride' de Tea
for two, beau gage d'admiration adressé
à Art Tatum. Par ailleurs, Louis Mazetier s'exprime également dans un style
élégant et chantant dans Can't we be friends et Skylark et, surtout,
il convient de souligner la qualité de la splendide version de The
Pearls. On ressent comme une sorte de
connivence avec `Jelly Roll' Morton dans la poésie et la délicatesse.
Parfois Louis dérive vers une musique méditative ne manquant pas de charme (Sweet and lovely) que l'on rencontre dans ses propres compositions, abondantes dans cet album. Ainsi Sweet Smile. Instinct de conservation. Russian Greek, à l'accent nostalgique, qui composent sa Significant Ladies suite tout comme Surprises, marqué par l'allégresse et l'humour. Louis en outre, a signé In August at St. Germain des Prés, au nonchalant accent garnérien ; Tango Seville, dont la touche espagnole ne peut que rappeler celle de `Jelly Roll' ; Portrait of a portraitist, saisissante évocation de Duke Ellington ; François, lourd de souvenirs hantés par l'ami jumeau François Rilhac ; Nostalgic walk à la démarche paisible mais guillerette. Enfin, gage d'authenticité, il joue le blues avec l'accent et le 'feeling' requis ainsi que le prouve Simply the blues. André VASSET