CATHERINE RUSSELL"SENTIMENTAL STREAK " World Village 468075 (distribution Harmonia Mundi) So little time (so much to do), I'm lazy that's all, Kitchen man,
Oh yes, take another guess, New Orleans, My old daddy's got a brand new way to love, South ta a warmer place, Thrill me, You better watch yourself
Bub, I've got that thing, Don't care who knows, Broken nose, Luci, You for me, me for you.
Russell, de son prénom Catherine, chanteuse quinquagénaire, new-yorkaise d'origine, dont le nom de famille ne nous est pas inconnu. En effet, il s'agit
de la fille du célèbre pianiste et chef d'orchestre Luis Russell, incidemment compagnon de route et ami de Louis Armstrong.
Bien qu'ayant baigné durant toute sa jeunesse dans la musique de jazz, elle n'y est venue que tardivement après avoir fréquenté pendant fort longtemps
divers horizons musicaux. C'est le trompettiste Doc Cheatham qui l'invitera à chanter des thèmes de jazz lors des 'brunchs' du
Sweet Basil de New York, ce qui l'incitera à poursuivre dans cette voie. En 2006, elle réalise un premier disque pour le compte de
Harmonia Mundi, et récidive en 2008 avec l'album qui nous intéresse ici.
Manifestement, nous tenons là une chanteuse de tempérament, à la voix chaude, bien posée, parfois rocailleuse. mais juste ce qu'il faut. Elle chante
dans la plus pure tradition noire, avec une voix travaillée, mais sans afféterie. Quant à son répertoire, il sort des sentiers battus, puisqu'elle
reprend des thèmes anciens chantés, dans le temps, par les plus grandes : Bessie Smith. Ella Fitzgerald, Lena Home, Alberta Hunter, Nellie Lutcher.
Sans conteste, c'est Bessie Smith qu'elle rappelle, aussi bien dans ses inflexions que dans son articulation. Son discours, toujours limpide,
est porté par une diction parfaite et son drive puissant vous transporte, comme dans So little time (so much to do) où l'on remarquera
l'excellent
soutien du pianiste Mark Shane ainsi que celui du batteur James Wormworth (qui peut, sur d'autres morceaux, faire preuve d'une certaine raideur).
I'm lazy, that's all a aussi beaucoup de charme, mais c'est Kitchen man qui retient l'attention : ce morceau d'Edna Pinkard, chanté en son temps
par Bessie Smith mais aussi Alberta Hunter, séduit par son côté enjoué et ses paroles coquines qui ne sont pas sans rappeler le fameux thème de
Eubie Blake : My handy man ain't handy no more (le fait que le parolier, Andy Razaf, soit le même dans les deux cas y est certainement pour
quelque chose). De la même veine, elle reprend un grand succès de la pianiste et chanteuse Nellie Lutcher :You better watch yourself Bub,
qui bénéficie de bons solos du pianiste Mark Shane et du guitariste Matt Munisteri. Catherine Russell nous gratifie d'une version de classe
avec New Orleans qu'elle interprète sur un tempo lazy à souhait. My old daddy's got a brand new way to love et
You for me, me for you sont
dédiés à la chanteuse Alberta Hunter qui, manifestement, l'inspire beaucoup : deux petits bijoux, le premier avec pour seul accompagnateur
le pianiste Mark Shane, le deuxième en compagnie du seul Matt Munisteri à la guitare. Citons aussi une autre chanteuse dont elle possède
à la fois le punch et le côté rageur, Juanita Hall: c'est manifeste sur une composition de son père Luis Russell, I've got that thing,
qu'elle enlève avec brio. On retiendra enfin Don't care who knows de Willie Dixon, particulièrement swingué.
Un album de grande classe qui ne peut laisser l'amateur indifférent.
Christian Sabouret ( Bulletin du HCF N°573 - Septembre 2008)
PRIX DECOUVERTE 2008 DU HOT CLUB DE FRANCE