PRIX du DISQUE du HOT CLUB de
FRANCE
PRIX DE
STUFF SMITH
« CAT ON A HOT FIDDLE »
Verve Music Group VS-6097
Chroniqué dans le Bulletin du HCF N° 534 (Juillet-Août 2004) page 20
Undecided,
The man I
love, Oh, lady be good, Nice work if you can get it, Take the A train, Blue
violin,
They
can’t take that away from me, Somebody loves me, S’
wonderful, Nice and warm, Strike up the band.
Composé principalement
d’excellents « standards » des années 30, ce CD regroupe deux séances
enregistrées en 1959 : celle
du 7 août à Washington (Shirley Horn, piano ; Lewis Powers, basse
; Harry Saunders, batterie) et celle
du 22 octobre à Hollywood (Paul Smith, piano Red Mitchell, basse ; Sid
Bulkin, batterie). Malgré la présence de l’excellent Paul Smith qui fut
l’accompagnateur de Ella Fitzgerald, cette section
rythmique est défavorisée par la présence d’un batteur aux interventions
malheureuses. Ce dont le violoniste n’a cure.
Il est quelques rares, très rares, jazzmen dont la
qualité de jeu fascine tellement que, si on apprécie qu’ils soient en bonne
compagnie, on reste indifférents qu’ils le soient en moins bonne. Eux seuls
comptent. Stuff Smith est de ceux-là.
Il est dans ce CD égal à lui-même, c’est-à-dire au
plus haut niveau de la véhémence, du lyrisme le plus flamboyant, de la
musicalité la plus aboutie, avec cette qualité technique qui se fait oublier
tant elle est parfaite. Cela sort comme s’échappe une coulée d’acier en fusion,
chaud, coloré, et crépitant de mille feux. Et surtout, ce qui en fait l’absolue
beauté, swingué avec une force expressive que peu partagent avec lui.
Stuff Smith chante dans Oh, Lady be good et Somebody loves me dans son
excellent style vocal inspiré de Louis Armstrong ce qui fait regretter qu’on
n’entende pas plus souvent sa voix, dans ces enregistrements ou dans d’autres.
Tout serait à détailler. Arrêtons-nous plus
particulièrement sur Nice work if you can get it, qu’il mène d’un bout à
l’autre, dans un tempo idéal, complètement détendu, enchaînant avec le plus
grand naturel les idées les plus incroyables et Take the A train, thème qu’il a plusieurs
fois enregistré. Ici, en dépit de Paul Smith, la coupure jouée par ses trois
partenaires fait baisser le tonus du début de l’interprétation. Stuff Smith
reprend les choses en main, faisant monter la tension chorus après chorus à un
point insoutenable, le soliste s’arrêtant en bout de course et non à bout de
souffle.
Ah ! diable
d’homme. Ne pas oublier d’en emporter sur la fameuse île déserte.
(Henri Sofroniades)