PRIX du DISQUE du HOT CLUB de FRANCE
GRAND PRIX DU DISQUE DE JAZZ 2004
WARREN VACHÉ
“DREAM
DANCING”
(Arbors Records ARCD 19289)
Chroniqué dans le Bulletin du HCF N° 539 (Janvier
2005) page 19
Close your eyes, Too late Now,
Quasimodo, Lover come back to me,
Dream dancing, Blue Lou, Some
other time, You're a lucky guy,
You're all
the world for me, What’s new, l'm shooting
high, Not exactly Paris.
Enregistré en mai 2003, voilà un disque comme on en
fait bien rarement de nos jours: pratiquement pas de déchet, des solistes inspirés,
une rythmique swingante, le tout dans une ambiance purement "jazz"
tout au long de cette séance.
Warren Vaché est un
remarquable trompettiste (cornettiste serait plus exact), d'une technique à
couper le souffle, qui a miraculeusement échappé aux courants progressistes et
n'a cessé de s'exprimer dans le plus pur langage du jazz, tout en forgeant son
propre style, original et personnel, indice d'une forte individualité musicale.
Par l'imagination, l'élégance de ses développements mélodiques, il appartient à
la famille des Buck Clayton et autres Bill Coleman, mais sa virtuosité et sa
rapidité d'exécution font également penser à Ruby
Braff et plus encore à Charlie Shavers dont il n'est pas loin d'égaler
l'extrême agilité et la précision (Blue Lou, You're all the world for
me). En y ajoutant une belle sonorité moelleuse et sensible, parfaitement
contrôlée dans tous les registres, vous comprendrez
que l'on se trouve devant un trompettiste d'exception, d'un jazzman hors pair,
toutes époques confondues.
En dehors des qualités propres au leader, le
soutien d'une fort belle section rythmique n'est pas
pour rien dans la réussite de cette séance d'enregistrement. Eddie Locke à la
batterie, le doyen de l'équipe, fournit une partie dansante, d'une finesse et
d'une élégance rares, dont l'apparente discrétion n'égale que la swing efficacité. Au piano, Bill Charlap
dont le style "lacunaire" pourrait dérouter certains, apporte en réalité
aux solistes un excellent soutien grâce à des harmonies subtiles et
toujours appropriées; quant à ses solos, ne vous arrêtez surtout pas à une
certaine apparence moderniste qui cache parfois une mise en place précise et
des développements habiles toujours proches de la mélodie (You're a lucky
guy). Dennis Irwin, à la contrebasse, complète de façon sûre et attentive
cette section par ailleurs fort bien enregistrée.
Dans quatre
des interprétations, le saxophoniste ténor Henry Allen vient se joindre au
quartet. Cet encore jeune musicien - il n'a pas atteint la quarantaine - avait
déjà fait forte impression, lors de son apparition sur la scène du jazz, au
tout début des années 80. Son style est largement inspiré de Ben Webster et de
Paul Gonsalves, avec un zeste de Don Byas, ce qui est suffisamment rare à notre
époque pour devoir être souligné. Sa sonorité n'est sans doute pas aussi ample
et belle que celle de ses aînés, mais son entente avec Warren Vaché, tant dans
les contrechants qu'en "chase", est
remarquable. Ses solos de Dream dancing et surtout de What’s new sont
fort bien construits et racontent une histoire.
Les thèmes
utilisés dans ce disque proviennent en grande partie du répertoire de la
comédie musicale, comme le charmant I'm shooting high que Louis
Armstrong avait enregistré en
Comme
indiqué au début de cette chronique, il n'y a vraiment pas beaucoup de déchet
dans ce remarquable album, si ce n'est une ballade quelque peu soporifique (Some other time) prise dans un tempo trop
lent et Lover come back to me où les solistes ne trouvent pas leur
niveau habituel d'inspiration. Même le
thème tarabiscoté de Quasimodo, écrit par Charlie Parker, se trouve
comme transfiguré tant Warren Vaché sait donner un accent jazz aux clichés les
plus boppisants. Mais la palme revient aux étincelantes
interprétations que sont Blue Lou et You're
the world to me, ainsi qu'au swingant You're a lucky guy avec sa coda puissamment riffée et le très
dansant et mélodieux Dream dancing qui donne fort justement son titre à
ce superbe recueil.
Dominique Brigaud