HUGUES PANASSIÉ

LE HOT CLUB DE FRANCE

LE JAZZ AUTHENTIQUE

LIVRES D'Hugues Panassié

Hugues Panassié mimant Tootin' Through The Roof (l'Aventure du Jazz)

Hugues Panassié et l'histoire du jazz

Hugues Panassié (1912–1974) n’a pas vingt ans que, conquis par ce nouvel art musical qu’est la musique de jazz, il en entreprend l’étude, et la rédaction de ce qui restera le premier ouvrage de référence en la matière, Le Jazz Hot, publié en 1934 et préfacé par Louis Armstrong. Président-fondateur du Hot Club de France (1932), sa vie entière sera consacrée à cette musique : son apport critique et littéraire reste sans équivalent, mais c’est aussi en tant que producteur de disques et organisateur d’évènements que son rôle a été de première importance.

L'organisateur


H. Panassié avec
Jimmy Lunceford

Dès les années trente, entouré de quelques amis, le voilà organisateur de concerts : la musique active est sa première préoccupation. Le jazz fait tache d’huile, Panassié est en pointe dans la génération qui va imposer cette musique en Europe.

On commence à se dire aux U.S.A. que la France est réellement un endroit intéressant, et de nombreux musiciens font le voyage. C’est le moment d’aller plus loin : une marque de disques est fondée en 1937, elle a nom « Swing » et s’installe en enclave chez Pathé Marconi, dont elle profite de la logistique. Charles Delaunay, qui en a trouvé le nom, et Hugues Panassié assurent la programmation et la supervision des séances. Parfois aux côtés de leurs collègues américains, de nombreux musiciens français y gagneront la notoriété, Django Reinhardt et Stéphane Grappelly la célébrité : le Quintette du Hot Club de France est le personnage central des productions de Swing.
Mais Panassié voit plus loin. Le style Nouvelle-Orléans est complètement passé à la trappe aux U.S.A. ? Il fait le voyage, forme des orchestres, voilà Tommy Ladnier et Sidney Bechet ressuscités, le Nouvelle-Orléans renaît de ses cendres. Le mouvement prend de l’ampleur. Il dure encore !

Le refus du Be-Bop

La guerre survient. Cinq ans de coupure, le lien renoué en 1945. Toute une école de pensée va bientôt s’emparer du be-bop, apparu entre temps, pour en faire la locomotive de la musique contemporaine, sous le nom de « Jazz moderne » et au détriment de la musique populaire dont elle accapare le nom : la « Bataille du Jazz » commence. Des centaines de jazzmen vont y laisser leur peau de musicien, que Panassié ne lâchera jamais, combattant jour après jour et jusqu’à son dernier souffle pour la survie de leur mode d’expression.

Le défenseur du jazz authentique

En 1948, se voyant confier la tâche d’organiser des concerts de jazz à Nice, il invente le concept même de festival de jazz, lieu de musique, certes, mais aussi de rencontres et d’échanges.
En 1949, le voilà reparti aux Etats-Unis. Il va prendre véritablement conscience de tout un contexte en parcourant le Sud à l’occasion d’une tournée de Louis Armstrong. Il découvre aussi le blues : à peine de retour, il veut le faire connaître aux Européens, et organise la première tournée en la matière de ce côté-ci de l’Atlantique. Il a la main heureuse : il s’agit de Big Bill Broonzy, qu’il fait aussi beaucoup enregistrer.

D’autres tournées s’organisent, Louis Armstrong, Milton Mezzrow, Rex Stewart, Willie « the Lion » Smith. Les années cinquante voient Hugues Panassié travailler abondamment avec Lionel Hampton. Il organise une séance d’enregistrement ouverte au public. Le contexte est difficile, les médias se coagulent, la langue de bois règne, et Lionel Hampton baptise le meilleur morceau de cette séance restée célèbre Oui à la presse libre. Plus tard, dans les années soixante et soixante-dix, il y aura d’autres tournées et d’autres enregistrements. Memphis Slim y connaîtra la notoriété. Le grand Earl Hines, alors presque oublié, y trouvera un nouveau départ et une seconde carrière.

Le critique de jazz

Parallèlement à toute cette activité tournée vers la musique vivante - et à laquelle collabore Madeleine Gautier, qui partage depuis les années trente sa vie et ses combats -, Panassié écrit. Il écrit même beaucoup : qu’il s’agisse du Bulletin du Hot Club de France ou des livres qu’il a publiés (une vingtaine), ses écrits ont drainé vers le jazz un public considérable, et ont également fourni aux amateurs, musiciens ou chercheurs quelques outils de première importance.

Autour d'Hugues Panassié

Hugues Panassié enregistrant Big Bill Broonzy vers 1955.

Une des grandes passions d’Hugues Panassié est la découverte et la promotion de nouveaux talents. C’est lui qui lancera Claude Luter et ses musiciens dans le grand bain dès 1948 en les imposant au festival de Nice. Il en sera de même pour Guy Lafitte et quelques autres, dont il va beaucoup aider les débuts. Détecte-t-il un jeune « qui a quelque chose », qu’il s’intéresse aussitôt à son travail : sa réaction est toujours positive, encourageante. Infatigable, Hugues Panassié a également enseigné : des dizaines de gens sont passés par chez lui, au cours de ces sortes d’ateliers d’été qu’il y organisait et qui se sont poursuivis pendant une dizaine d’années à partir de 1963. Il leur a donné les clés du jardin. De nos jours, c’est Jacques Morgantini qui a repris cette tradition pédagogique.

La dernière partie de l’existence de Panassié a été profondément marquée par le rôle de superviseur des productions de son fils Louis : le film « L’Aventure du Jazz » en témoigne, de même que les productions du label Jazz Odyssey. Il y a donné toute sa mesure : le résultat est là. Une fois de plus.

Une oeuvre considérable

La place d’Hugues Panassié dans l’histoire de la musique de jazz dépasse celle que pourrait occuper un des plus importants historiens et musicologue en la matière : elle ne s’arrête pas là, car il a été aussi un des acteurs de cette histoire, sur le cours de laquelle il a eu une influence directe, en particulier par ses actions des années trente, ou indirecte, due à son rôle de catalyseur. (Livres d'Hugues Panassié)

Le fait, pour tout un milieu d’artistes peu considérés par l’intelligentsia, de pouvoir se prévaloir de la caution d’un tel personnage, a été de première importance pour la préservation d’une certaine liberté de penser et d’agir.

Laurent Verdeaux